cyberfuss

Samedi 7 août 2004 6 07 /08 /2004 00:00

Quiconque observe la société actuelle remarquera la présence d'idées semblables parmi les individus. Ainsi, il était bien entendu il y a quelques années que le président de l'ex-Yougoslavie, Miroslav Milosevitch, était un dictateur. C'était même devenu un genre d'automatisme de le dire. De même, il est entendu que Saddam Hussein en était également un. Inversement, l'immense majorité des individus s'accorde à penser que Jacques Chirac, Tony Blair, Georges Bush n'en sont pas. Cette similitude d'opinions n'est pas exceptionnelle. On l'observe dans un grand nombre de domaines. Par exemple, l'immense majorité des individus pense que les entreprises versent aux femmes des salaires inférieurs à ceux des hommes pour un même travail effectué.

Comment expliquer ce phénomène ? Il me semble que deux hypothèses peuvent être faites : on peut estimer que l'identité des opinions résulte de démarches individuelles concourantes des individus ; ou bien, on peut supposer qu'elle résulte de l'existence (cachée) d'une autorité intellectuelle. Examinons ces deux hypothèses.

Des démarches individuelles concourantes
On pourrait imaginer que face à une question donnée (la liberté, le racisme, l'antisémitisme, etc.) l'individu pleinement informé des données du problème et faisant usage de sa raison parvient par lui-même à un certain point de vue. Les autres individus, qui disposent de la même information objective et complète et qui font également usage de leur raison parviennent chacun individuellement aux mêmes conclusions. Ainsi s'établissent les opinions communes. En somme, dans cette hypothèse, les choses se passeraient de la même manière que lorsqu'une maîtresse d'école donne à une classe de trente élèves un problème d'arithmétique à résoudre. "Un paysan possède un champ rectangulaire qui mesure 300 mètres de longueur sur 150 mètres de largeur. Il désire clôturer ce champ de trois rangées de fil de fer. Combien de rouleaux de fil devra-t-il acheter sachant que la longueur d'un rouleau est de 86 mètres ?" Chaque élève entreprend alors de calculer le périmètre du champ en additionnant sa longueur et sa largeur et en multipliant le résultat obtenu par deux. Il multiplie ensuite le périmètre par trois, puisqu'il faut trois rangées de fil… Cela lui donne la longueur de fil nécessaire, et ainsi de suite... De la sorte, par une démarche rationnelle, les élèves de la classe, en tout cas les meilleurs, parviennent par leur propre démarche à un résultat qui se trouve être identique à celui des autres élèves.

Autorité intellectuelle
Dans la seconde hypothèse, on pourrait imaginer que les individus partagent les mêmes opinions non pas parce qu'ils sont parvenus individuellement à la même conclusion mais parce que, au contraire, la société a institué un organe chargé d'élaborer des opinions auxquelles les individus sont tenus de se conformer. Il existerait ainsi dans la société une autorité intellectuelle capable de contraindre les individus à penser d'une certaine manière. C'est cette opinion que formule l'écrivain politique Alexis de Tocqueville, le célèbre auteur de "De la démocratie en Amérique".

« Les croyances dogmatiques sont plus ou moins nombreuses suivant les temps. Elles naissent de différentes manières et peuvent changer de forme et d'objet ; mais on ne saurait faire qu'il n'y ait pas de croyances dogmatiques, c'est-à-dire d'opinions que les hommes reçoivent de confiance et sans les discuter. Si chacun entreprenait lui-même de former toutes ses opinions et de poursuivre isolément la vérité dans des chemins frayés par lui seul, il n'est pas probable qu'un grand nombre d'hommes dût jamais se réunir dans aucune croyance commune.
Or, il est facile de voir qu'il n'y a pas de société qui puisse prospérer sans croyance semblable, ou plutôt qu'il n'y en point qui subsistent ainsi ; car, sans idées communes, il n'y a pas d'action commune. Et sans action commune, il existe encore des hommes, mais non un corps social. Pour qu'il y ait société, et, à plus forte raison, pour que cette société prospère, il faut donc que tous les esprits des citoyens soient toujours rassemblés et tenus ensemble par quelques idées principales ; et cela ne saurait être, à moins que chacun d'entre eux ne vienne quelquefois puiser ses opinions à une même source et ne consente à recevoir un certain nombre de croyances toutes faites
. »

« Il faut donc toujours, quoi qu'il arrive, que l'autorité se rencontre quelque part dans le monde intellectuel et moral. Sa place est variable, mais elle a nécessairement une place. L'indépendance individuelle peut être plus ou moins grande ; elle ne saurait être sans bornes. Ainsi, la question n'est pas de savoir s'il existe une autorité intellectuelle dans les siècles démocratiques, mais seulement ou en est le dépôt et quelle en sera la mesure. » (Tocqueville, De la démocratie en Amérique, tome 2, Chapitre II.)

Quelle hypothèse est la bonne ? A chacun de se faire son opinion. En tout cas, être conscient de l'existence de deux hypothèses donne une possibilité de choix qui n'existe pas lorsqu'on n'en connait qu'une seule.

 

Par Roland Ducouret - Publié dans : cyberfuss
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Samedi 14 août 2004 6 14 /08 /2004 00:00

L’article 11 de la déclaration des droits de l’homme et du Citoyen du 26 août 1789 dit : " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme. ".

On nous a tant et tant parlé de " liberté d’expression " que la plupart des gens, lorsqu’ils lisent cette phrase, la comprennent comme signifiant que la liberté d’expression est LE droit le plus précieux de l’homme, qu’elle au-dessus de tout le reste, qu’elle prime tout le reste. Qu’elle est, en quelque sorte, le fondement de la société. C’est une erreur. Relisez bien. L’article ne dit pas " le " droit le plus précieux, mais " un des droits " les plus précieux. Or, il y a plus précieux encore que la liberté d’expression : l’ordre. La société est attachée à l’ordre avant d’être attachée à la liberté. L’ordre prime la liberté. C’est pourquoi l’expression des pensées et des opinions ne vient pas en premier. Elle est subordonnée à l’ordre. C’est pourquoi, aussi, l’article 11 renferme un mensonge. L’expression des opinions et des pensées n’est pas et ne peut pas être un droit. Elle est libre aussi longtemps qu’elle ne contredit pas l’ordre social. Elle est interdite dès que c’est le cas. En d’autres termes, aucun individu n’a le droit d’exprimer librement ses opinions et ses pensées. Il ne peut le faire que si et seulement si ces opinions ne mettent pas l’ordre social en péril. Par suite, la liberté d’expression n’existe pas. C’est un mensonge. Ou, si l’on veut, un mythe démocratique.

Nous pouvons, de ce fait, observer une chose encore : les sociétés modernes (occidentales et démocratiques) ne peuvent pas paraître pour ce qu’elles sont. Elles ont besoin de se maquiller, de se farder, de cacher leur réalité pour apparaître sous un jour plus brillant, plus flatteur. D’où le rôle inédit dans l’histoire de l’humanité que le mensonge y joue.

Par Roland Ducouret - Publié dans : cyberfuss
Ecrire un commentaire - Voir les commentaires - Recommander
Lundi 16 août 2004 1 16 /08 /2004 00:00

En Afrique du Sud, à l'époque de l'apartheid, les blancs avaient leurs transports réservés dans lesquels les Noirs n’avaient pas le droit d’aller. L’apartheid envers les Noirs est terminé, mais un nouvel apartheid prend sa place. Aujourd’hui, de plus en plus, ce sont les femmes qui ont leurs transports réservés. Au Caire, le premier wagon de chaque rame est réservé aux femmes. Dans les trains indiens, elles ont leurs compartiments. A Téhéran, le directeur du métro a mis à leur disposition une voiture spéciale. À Bangkok, la régie des transports leur réserve 50 bus. Au Japon, une compagnie d'aviation interdit des rangées de sièges aux hommes et des wagons réservés sont mis à la disposition des femmes. Le métro suédois aussi envisage de réserver des wagons aux femmes (source: article de l’Express). Décidément, les femmes n’aiment pas les hommes. De plus en plus l’homme devient le nègre de la femme.

Par Roland Ducouret - Publié dans : cyberfuss
Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires - Recommander

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus