Il n’y a pas une démocratie, mais deux.
Il y a d’un côté la démocratie telle qu’elle est réellement, telle qu’on peut la voir quand on l’observe sans a priori, sans préjugés, sans parti pris. De l’autre, il y a une vision idéalisée, enjolivée, de la démocratie. Cette vision ne résulte pas de l’observation de la réalité, mais d’une idéologie.
L’idéologie démocratique est un écran qui est interposé entre nous, observateurs, et la démocratie réelle. Elle a pour fonction de nous empêcher de percevoir la réalité. En effet le pouvoir d’Etat, comme les vampires, craint la lumière. Il lui serait fatal de se montrer en plein jour. Il a besoin de pénombre, voire d’obscurité.
L’idéologie démocratique repose sur des mythes :
-mythes de la liberté et de l’égalité ;
-mythe de la souveraineté populaire,
-mythe du citoyen vertueux , etc.
Mais pourquoi cette idéologie, ces mythes ? C’est simple. Il s’agit de sacraliser l’Etat. En faisant de la démocratie un système idéal, parfait, l’idéologie le rend sacré et donc sacrilège celui qui s’en prend à lui. La démocratie est une sorte de religion (religion= ensemble de dogmes et de croyances définissant le rapport de l’homme avec le sacré). La religion démocratique a remplacé la religion catholique de l’Ancien Régime. Mais dans l’un et l’autre cas, le pouvoir est sacré.
Démystifier la démocratie, c’est expliquer ces mythes et montrer en quoi ils ne correspondent pas à la réalité. Cela, bien sûr, les profs ne l’expliqueront jamais parce qu’ils sont des fonctionnaires, c’est-à-dire des agents de l’Etat. En tant que fonctionnaires, ils doivent servir l’Etat loyalement et avec zèle. Voilà pourquoi ils protégeront toujours l’Etat de votre compréhension.
Avant tout, je remercie tout ceux qui me lisent. J’écris des articles, disons, pas faciles, il faut bien le dire. Cela fait plaisir de voir qu’il y a quand même pas mal de monde pour s’y intéresser. Soyez en remerciés.
Merci aussi à ceux qui m’ont commenté. Là, il n’y en a pas beaucoup, mais il y en a quand même. Merci à eux. Et pour les autres, qui se sentent de l’inspiration, n’hésitez pas à vous exprimer.
Ce que je voulais vous dire aussi, c’est que j’ai créé une nouvelle catégorie : " Démystifier la démocratie " dans laquelle je regroupe tous les articles sur le thème des mythes démocratiques (souveraineté du peuple, liberté, égalité, etc.)
Il y a aussi d’autres articles relatifs au contrôle des esprits. Mais comme le contrôle des esprits n’est pas propre à la démocratie, je les laisse à part. Le contrôle des esprits regroupe en fait deux choses.
A- Le formatage des esprits.
C’est le rôle de l’enseignement. L’éducation a pour but d’instruire (lire, écrire, compter, etc.) mais elle a aussi pour but de formater les esprits pour faire des individus soumis et obéissants. C’est le rôle de matières comme l’histoire, la morale, la philo.
Plus tard, après l’école, le formatage des esprits est poursuivi par la presse et le personnel politique.
B – Le contrôle d’expression.
Formater les esprits, c’est bien mais il ne faut pas que les gens entendent un discours différent de celui qui les a formatés, sinon ils vont se mettre à réfléchir et les effets du formatage (qui doit rester inconscient) vont devenir moins efficaces. Il faut donc réprimer les " déprogrammeurs ". C’est le rôle du contrôle d’expression dont l’objet est d’interdire ou au moins d’entraver l’expression d’idées non conformes.
Voilà, bonne lecture à tous.
Cinq morts, aucune victime
On trouve décidément de drôle de choses dans les manuels scolaires. Voici ce que j’ai lu dans un livre d’histoire de 3e, dans un chapitre consacré à la révolution française de 1789. Le chapitre est intitulé: "La réorganisation de la France". Une première section est consacrée aux principes de 1789, l'égalité et la liberté. C'est à cet endroit qu'on peut lire:
" En application de ces principes (les principes de liberté et d’égalité), tous les Français devinrent égaux devant la loi. " Mais, un peu plus loin, on trouve : " Cependant, le droit de vote fut refusé aux pauvres ". Source : J. Isaac, histoire 3e, Hachette, p. 137.
En effet, comme on le sait, les Constituants instaurèrent un suffrage censitaire, c’est-à-dire basé sur la fortune, qui réservait le vote à une élite fortunée. Dans son pamphlet fameux " Qu’est-ce que le Tiers-état ? ", paru avant la révolution, l’abbé Emmanuel Sièyes, se faisant l’avocat du Tiers contre la Noblesse et le Clergé, demandait fort justement : " Si tout est égal entre les parties, qu’a-t-on à craindre du Tiers ? " (le Tiers, c’est le Tiers-état, bien sûr). Excellente question que l’on pourrait poser aussi après la révolution. Si tout était égal entre les parties (les riches et les pauvres) après la révolution, qu’avait-t-on à craindre des pauvres ?
La réponse est fort simple : le pire. Car la populace est fort ignorante. Elle pourrait mal voter. Le droit de vote est une chose trop sérieuse pour être confiée aux pauvres. C’est bien cette explication qui est donnée (dans une formulation moins ironique, cela va de soi) puisque, dans le même chapitre, nous pouvons lire ceci : " Presque tous les bourgeois jugeaient le suffrage universel inapplicable parce que le peuple était encore trop ignorant. "
Je veux bien que l’on dise que le peuple était trop ignorant pour voter (d’ailleurs, n’est-ce pas ce qu’on dit encore aujourd’hui ? ), mais alors, qu’on ne dise pas que les Français devinrent égaux en droit. Si les riches avaient le droit de vote, tandis que les pauvres ne l’avaient pas, cela veut dire tout de même, enfin, il me semble, que les riches et les pauvres n’étaient pas égaux en droit. De plus, le droit de vote n’est pas n’importe quel droit. C’est le droit fondamental, celui dont tous les autres découlent puisque c’est par le vote que les gens font les lois.
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789.
Art. 6 . – La loi est l’expression de la volonté générale. Tous les citoyens ont le droit de concourir personnellement ou par leurs représentants à sa formation.
Pour résumer, nous trouvons une première affirmation (tous les Français devinrent égaux devant la loi) puis, immédiatement après, une autre affirmation qui contredit radicalement la première (le droit de vote fut refusé aux pauvres). Et entre les deux, nous trouvons la conjonction " cependant " par laquelle on veut nous faire comprendre qu’il ne s’agissait que d’une simple imperfection qui ne remettait pas en cause la validité de l’affirmation première. Mais est-ce vraiment le cas ? Peut-on considérer que des individus qui n’ont pas le droit de vote et des individus qui l’ont sont égaux en droit ? A chacun de se faire sa propre idée, mais pour moi la réponse est non. C’est un peu comme si on me disait qu’une voiture avec cinq passagers à son bord a percuté une arbre à vive allure sans faire de victimes mais que, " toutefois ", les cinq passagers ont été tués sur le coup.
Maintenant, pourquoi trouve-t-on ce type de raisonnement dans les manuels scolaires d’histoire ? Là encore, c’est très simple. L’égalité est l’un des mythes de la démocratie. Historiquement, la révolution française n’a pas instauré l’égalité, nous venons de le voir. (Au passage, elle a aussi maintenu l’esclavage dans les colonies.) Mais ce qu’il faut, c’est présenter aux élèves une histoire enjolivée, arrangée pour leur " vendre " la démocratie. La liberté, l’égalité font partie de l’argumentaire de vente. C’est pourquoi il faut absolument les caser quelque part. C’est aussi simple que ça.