prostitution

Lundi 18 octobre 2004 1 18 /10 /2004 00:00

par Elisabeth Badinter

La question de la prostitution a refait surface depuis l'irruption massive*, en 1999, de jeunes prostituées venues de l'Est et d'Afrique sur les trottoirs des grandes villes occidentales.

Mais, au-delà de ce phénomène mafieux que tous regardent comme un authentique trafic d'êtres humains à combattre sans merci, un débat d'une rare violence oppose partisans et adversaires de la reconnaissance de la prostitution. Violence qui n'est pas, curieusement, sans rappeler celle qui accompagna jadis le débat sur l'avortement.

Doit-on admettre les notions de "travail sexuel" et de "prostitution volontaire" pour reconnaître un minimum de droits sociaux à la prostituée, ou faut-il condamner la prostitution en soi comme une insupportable atteinte à la dignité humaine ? On sait que les Pays-Bas (2001) et l'Allemagne (2002) viennent d'opter pour la première solution et la Suède (1999) pour la seconde en choisissant de punir le client.

À ce jour, il est encore trop tôt pour tirer toutes les conséquences de ces nouvelles législations, même si l'on sait déjà qu'elles produisent l'une et l'autre des effets pervers. Légalisée, la prostitution est l'objet de nouvelles contraintes et n'entraîne pas la disparition du trafic clandestin.

Réprimée, comme en Suède, elle est passée de l'extérieur à l'intérieur, dans des studios ou salons de massage, avec tous les risques afférant à la clandestinité.

À l'heure où la France s'interroge à son tour sur les mesures à prendre et où de nombreuses voix s'élèvent pour qu'elle emboîte le pas à la Suède, en punissant le client de la prostituée de deux années de prison, il n'est pas inutile de rappeler les principes sur lesquels se fonde le parti abolitionniste - qu'il serait plus juste d'appeler prohibitionniste - et leurs conséquences. Au risque des pires insultes : en effet, quiconque s'oppose à ce parti est taxé de menteur, pervers, suppôt du lobby proxénète et même négationniste ! Aux yeux des abolitionnistes, la prostitution est toujours synonyme d'esclavage. Elle doit donc être abolie comme le fut l'esclavage des Noirs il y a cent cinquante ans. Pour justifier cette opinion radicale, glissements et amalgames ne manquent pas. Alors que l'esclavage signifiait la vente d'un être humain de la naissance à la mort ainsi que de sa descendance, ce qui n'est pas le cas de la prostitution, l'abolitionniste argue d'un principe moral et d'un postulat psychosocial qui appellent discussion. Le principe moral est que le corps n'est pas une marchandise. La preuve en est qu'aucun pays du monde ne reconnaît la légalité de la vente d'organes, tels les reins ou les yeux. Et pour une bonne raison : contrairement à la vente du sang qui se pratique dans certains pays (tout à fait démocratiques), ces mutilations sont irréversibles.

La passe de la prostituée occasionnelle ou la multiplicité des passes des professionnelles peuvent-elles être assimilées à une mutilation irréversible de leur corps ? Seules les prostituées sorties de la prostitution peuvent répondre à cette question. À supposer qu'elles répondent par l'affirmative - ce qui ne va pas de soi - un droit chèrement acquis depuis à peine trente ans appelle le respect de tous : la libre disposition de son corps. C'est au nom de ce principe-là que les femmes ont acquis le droit d'avorter. La banalisation de l'avortement ne doit pas faire oublier qu'il s'agit toujours d'une véritable mutilation. Mais, en dernier ressort, c'est la femme qui doit être maître de cette décision et non l'Etat. C'est également au nom de la libre disposition de son corps que nous devrons admettre un jour ou l'autre le droit des transsexuels à se faire opérer, c'est-à-dire à la castration. Des voix s'élèveront contre cette atteinte - définitive - à l'intégrité du corps, d'autres fustigeront ce délire des victimes que sont les transsexuels, mais là aussi, en dernier ressort, c'est à eux de choisir. Alors si une femme préfère gagner en deux nuits ce qu'elle ne gagnerait pas en un mois à l'usine, qui peut décider à sa place de l'utilisation de son corps ?

À cela, l'abolitionniste rétorque par le postulat suivant : il n'y a jamais de libre consentement à la prostitution et donc de distinction à faire entre prostitution volontaire et forcée. Faisant fi de l'extrême complexité des situations et de la diversité des types de prostitution, il assimile la condition de la misérable Albanaise, battue, violée, torturée, et celle de l'escort-girl de Mme Claude. Les deux seraient les victimes de la logique économique libérale et de la domination masculine propre au patriarcat. Peu importe que la prostitution - clandestine ou non - ait fleuri dans toutes sortes de régimes économiques, que le patriarcat soit agonisant dans nos sociétés, qu'aujourd'hui 30 % de la prostitution urbaine soit masculine et qu'à peu près autant de proxénètes soient des femmes, l'ennemi est désigné une fois pour toutes : c'est l'homme pervers, l'exploiteur. La solution avancée : "Créer un cadre - politique, économique, social et juridique - tel que chacune pourra avoir une possibilité réelle de choisir une activité correspondant à ses aspirations, dans laquelle elle ne sera exploitée d'aucune manière"... (Anne-Christine Habbard, Lettre de la FIDH, n° 38, juin 2000, p. 13).

En attendant ces lendemains qui chantent, nul ne peut ignorer le constat accablant des associations au contact des prostituées : entre 70 % et 80 % de celles qui s'adressent à des services sociaux sont victimes de la misère et/ou d'abus sexuels dans leur enfance. Si ces chiffres appellent une plus grande vigilance à l'égard de l'enfance en péril et un soutien accru aux associations qui aident les prostituées à sortir de leur condition, ils ne résument pas le phénomène de la prostitution ni n'autorisent l'assimilation de la prostitution de l'adulte à celle de l'enfant au prétexte que tout adulte prostitué aurait été un enfant sexuellement abusé ou qu'il serait dans le même état d'irresponsabilité que l'enfant. Mais l'abolitionniste refuse par avance le moindre distinguo : objet d'une violence physique, psychique ou économique, la personne prostituée est toujours une victime irresponsable. Ce qui permet d'ignorer par exemple que, contrairement à la prostitution étrangère, la prostitution française est de plus en plus dégagée du proxénétisme (rapport du Sénat sur les politiques publiques et la prostitution, dirigé par D. Derycke, n° 209, 2000-2001, p. 50) ou que la moitié des prostituées de rue de Montréal travaillent sans proxénète (rapport du ministère de la justice du Canada, 1998 -sur Internet- et le document du Conseil du statut de la femme à Montréal, dont on trouve des extraits sur cyberpress).

De cette appréhension de la prostitution, il résulte que la prostituée, fût-elle indépendante, est une irresponsable à sauver coûte que coûte et que la répression ne doit s'exercer que sur le "client". Cette volonté de punir unilatérale s'appuie, d'une part, sur l'axiome qu'il suffirait de mettre fin à la demande pour supprimer l'offre et, d'autre part, sur le statut attribué au client et à la prostituée. Dès lors qu'on assimile le client à un "violeur légal" (Rapport de Mix-Cité sur la prostitution du 15 mars 2001 ; Manifeste pour l'abolition de la prostitution - Rhéa Jean, 2001, sur Internet), il est juste qu'on le réprime sans états d'âme. Il suffit d'ôter "légal" en criminalisant la demande et il ne reste que la notion de viol. Raccourci audacieux qui n'est guère conforme à la réalité. Partout où la prostitution a été prohibée, elle est tout simplement devenue clandestine. Par ailleurs, une prostituée à son compte peut refuser un client, et la sexualité sans plaisir n'est pas nécessairement un viol. Là aussi, seules les prostituées sont habilitées à parler.

Seulement, voilà le hic : les abolitionnistes ont décidé une fois pour toutes que la personne prostituée n'a pas le droit à la parole. Elle est inaudible et non crédible à cause de son statut de victime absolue. Quoi qu'elle dise, on la déclare "manipulée" (Rapport du Sénat, p. 54) et forcée à mentir (Manifeste pour l'abolition de la prostitution, p. 18), ce qui évite de l'entendre et de tenir compte de ses observations. Ainsi, lors de la grande messe abolitionniste de l'Unesco, en mai 2000, des prostituées qui ont fait irruption au colloque pour dire leur désaccord ont été renvoyées à leurs occupations sous prétexte qu'elles ne servaient que les proxénètes, autrement dit, la voix de leurs maîtres. Déclarée aliénée et irresponsable, la prostituée est l'objet de toute la compassion de l'abolitionniste, qui ressemble à s'y méprendre au mépris le plus cinglant. "Taisez-vous, vous ne savez pas ce que vous dites.", tel est le leitmotiv qui exclut toute prise de parole des intéressées.

La conviction inébranlable des abolitionnistes radicales s'appuie sur une conception évolutive et normative de la sexualité. Envisagée comme une simple pathologie sociale, la prostitution n'est pas un mal nécessaire, ni le plus vieux métier du monde. Elle n'aurait pas existé toujours et partout et peut donc prendre fin. Pour justifier le propos, les unes en appellent au néolithique, d'autres aux sociétés primitives qui ne pratiquaient que "l'hospitalité sexuelle". Outre que l'on ne sait pas grand-chose du néolithique, il faut se rappeler que les sociétés traditionnelles ont très souvent pratiqué l'échange des femmes contre des troupeaux d'animaux...

Même si on admet l'hypothèse de la contingence de la prostitution, peut-on croire, comme les abolitionnistes, que la sexualité puisse être moralisée et normalisée ? C'est une chose d'espérer que le désir partagé soit le lot commun, c'en est une autre d'affirmer que c'est "la condition sine qua non de toute relation sexuelle" (Ibid, p. 13).

Hors de ce cadre, reste l'onanisme, ou la prison. Les clients des prostituées sont donc appelés à cesser d'être des "salauds chroniques", et à changer leur sexualité "perverse" pour une autre, "saine et joyeuse". Ainsi soit-il ! Une reine Victoria du XXIe siècle n'y trouverait rien à redire, mais le pauvre Freud peut se retourner dans sa tombe. Cinquante ans de travail pour rien !

À ceux qui seraient tentés de prendre des mesures coercitives contre toute prostitution, nous voudrions rappeler le devoir de modestie et d'écoute qui caractérise la démocratie. Il est urgent d'entendre les prostituées. L'objectif à poursuivre n'est pas la légalisation de la morale, mais de venir en aide à celles qui veulent en sortir et de respecter les autres. Toute loi qui se ferait sans elles ou contre elles serait par avance frappée d'illégitimité.

Elisabeth Badinter est philosophe et écrivain.

Article paru dans le quotidien Le Monde, édition du 31.07.02

* Cette " irruption massive " est un mensonge inventé par les politiques et colporté par les médias (un peu comme les armes de destruction massives attribuées à Saddam Hussein). Ils ont parlé de 300 000 prostituées, multipliant ainsi les chiffres par cent. La réalité est plus proche de 2000 à 3000 prostituées venues de l’Est et d’Afrique.

Par Roland - Publié dans : prostitution
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Lundi 18 octobre 2004 1 18 /10 /2004 00:00

Bertrand Delanoë se refuse à aménager la prostitution à Paris. En la considérant comme une "forme d'esclavage", le maire met fin à la controverse soulevée par Françoise de Panafieu lors de sa proposition de réouverture des maisons closes. Regarder la prostitution sous l'angle de l'esclavage est une manière brutale de court-circuiter le débat. En effet, qui, dans ces termes, pourrait encore défendre la prostitution ? Il existe, pourtant, une autre façon de problématiser la question en la présentant non pas sous sa forme négative mais plutôt sous sa forme positive, à savoir, celle qui relève de la liberté. Liberté de disposer de son corps en général et plus particulièrement liberté d'agir érotiquement sans contraintes, c'est-à-dire, de s'exprimer sexuellement selon ses propres choix. En tant que manifestation de la vie privée, la liberté sexuelle implique la possibilité d'entretenir des relations sexuelles avec qui nous souhaitons et dans les conditions convenues avec nos partenaires. Le rôle d'un Etat démocratique est de garantir l'exercice de cette liberté sans contraintes, car la capacité à consentir constitue le soubassement éthique de cette liberté. Elle implique aussi le choix d'avoir des rapports sexuels avec une ou plusieurs personnes, gratuitement ou moyennant rétribution. La seule limite à une telle liberté consiste en l'existence de préjudice à autrui. En ce sens, l'exploitation liée au commerce sexuel doit être vigoureusement dénoncée. Il est cependant dangereux de considérer que tout échange sexuel à caractère onéreux prend nécessairement la forme de l'exploitation. Il suffit qu'une seule personne décide librement de faire du commerce sexuel sa profession habituelle ou occasionnelle pour que la prostitution devienne une activité aussi légitime que tout autre. Pour un Etat laïque, ce qui est immoral, ce n'est pas tant la mise sur le marché du corps (après tout, que ce soit avec ses mains, son cerveau, ses épaules ou ses organes génitaux, du moment qu'un travail est effectué honnêtement, il mérite le même respect) mais l'absence de protection juridique d'une activité librement choisie. La plupart des personnes prostituées se voient taxées par l'Etat sans aucune contrepartie : pas de droits d'assurance maladie maternité, pas de retraite, pas d'assurance pour accident de travail, ni d'allocations chômage. Ce qui est immoral, ce n'est pas la prostitution, mais le proxénétisme d'Etat qui fait payer des impôts à ses prostitué(e)s, qui poursuit ces personnes à coup d'amendes allant de 300 à 900 euros et qui ne rend jamais l'argent aux "putes" après avoir poursuivi les maquereaux. Le seul moyen de mettre fin à l'exclusion dont sont victimes les prostitué(e)s est d'octroyer à la prostitution le caractère de profession à part entière. L'approche abolitionniste ardemment défendue par la mairie de Paris a déjà montré ses limites ; sa seule efficacité fut celle de contenter les secteurs les plus conservateurs d'une société qui continue à considérer la sexualité (hors mariage ou hors amour) comme une activité moralement condamnable. L'individu est le seul capable de déterminer ce qui lui convient, l'Etat n'a pas à lui dire le bien ou le mal, il n'a pas à se mettre à sa place pour lui indiquer ce qu'il doit faire de sa sexualité. Pour quelle raison valable démocratiquement l'Etat interdirait-il à une personne d'avoir des rapports sexuels onéreux et de faire de cela sa profession ? Le débat est ouvert et les arguments restent à construire.

Daniel BORRILLO

Daniel Borrillo est juriste, maître de conférences à l'université de Paris-X, chercheur associé au CNRS.

 

Par Roland - Publié dans : prostitution
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Lundi 1 novembre 2004 1 01 /11 /2004 00:00

"C'est elles qui veulent, personne ne les force " Si. Il y a toujours, toujours, contrainte. Tout le monde de la prostitution est planifié, organisé, hiérarchisé. Pour le plus grand profit des réseaux de proxénétisme. Toujours. Même les putes des années 70 qui occupaient les églises et se disaient indépendantes ont fini par reconnaître que les vrais organisateurs de leur mouvement étaient les macs, lassés par les pv qui leur rognaient les bénéfices. Pareil maintenant. La seule raison pour laquelle on ne voit pas les macs, c'est que la législation française autorise la prostitution mais interdit le proxénétisme. Alors ils se planquent, mais ils encaissent.

" C'est le seul moyen de lutter contre la misère sexuelle ; il faut bien quelqu'un pour baiser les immigrés, les handicapés, les timides. Et si on parlait de la misère sexuelle des femmes ? Elle est largement aussi intense. Il y a aussi des femmes chez les immigrés, les handicapés, les timides et chez les pas beaux, les tordus, les cocus, les goitreux et les bancals ! Comment font-elles ? Ben, en tout cas, elles vont pas aux putes! La preuve que c'est possible ! Les femmes n'ont pas les mêmes besoins ? Ah ! encore un petit coup de logique masculine, où cohabitent sans encombre l'idée qu'on n'a que peu de besoins sexuels (donc pas besoin de se soulager) et celle qu'on a toute le feu au cul (toutes des salopes, toutes des putes).

Et bla-bla-bla, je n'invente rien, les arguments ne manquent jamais aux exploiteurs de la misère d'autrui. Louer le ventre d'une femme ne pose manifestement aucun problème à ceux qui le font. Votre voisin, votre mari, votre frère, votre patron, votre meilleur copain font peut-être partie des un Français sur trois qui fréquentent les prostituées et des 10 % qui en sont des habitués. Ça fait du monde ! Il paraît que c'est une question de liberté des mœurs. Les mœurs de qui ? La liberté de qui ? Qu'est-ce que la liberté à avoir avec ça ? Comment assimile-t-on la liberté avec la possibilité de traiter un être humain comme un objet de consommation ? Encore un mystère de la logique masculine, sans doute. On a toujours admis que la sexualité mâle doit fonctionner dans l'urgence, se soucier comme d'une guigne du désir de l'autre et constituer l'une de ces priorités qui justifient tout. Le client est présenté comme une sorte de victime. De la tyrannie de sa libido et du mercantilisme des femmes. Faut bien qu'il tire sa crampe et si c'est pas lui qui achète cette femme, ça sera un autre. Le même raisonnement justifie toujours toutes les violences. En mettant sa bite dans la bouche de la fille, le client paie obligatoirement son écho aux mafias qui bâtissent des empires financiers sur le pain de la fesse.

Nous vivons dans une culture où les femmes sont une denrée parmi les autres, que les hommes achètent et vendent sur un marché sauvage et florissant. Tant qu'on achètera une seule femme, toutes les femmes resteront des marchandises. Pour la plus grandes fortunes des proxos du jour. Oubliez le Julot de quartier, casquette de guingois et mégot à la lippe, distributeur de tournioles quand la comptée n'est pas à la hauteur. Le personnage est toujours aussi la lâche, sinistre, lugubre, gluant. Mais le proxo, aujourd'hui, se la joue homme d'affaires. Cravate attaché case, décalage horaire. Il voyage, il lobbyise, il achète les hommes politiques, il sert d'indic à la police, il a des amis partout. Eh oui. Le marché est devenue planétaire et c'est au niveau international qu'on blanchi les profits. Vous ne croyez tout de même pas, malgré l'histoire éternelle de la fille-indépendante-qui-aime-tellement-baiser-qu'elle-prèfère-que-ça-lui-rapporte, qu'une telle source de profits resterait entre les mains de la productrice de base ? Ça serait une grande première dans l'histoire de l'économie ! Non, les gigantesques profits de la prostitution s'ajoutent à ceux de la drogue et des jeux, mamelles traditionnelles des mafias diverses et variées qui pullulent sur la planète. Un drogué ne fait de mal qu'à lui-même. Un client fait du mal à autrui. Consommez de la drogue et vous serez un délinquant, consommez de la femme et vous serez un citoyen normal. Le trafic de drogue scandalise tout le monde, mais personne ne semble se soucier du trafic d'êtres humains. Parce que ces êtres humains sont des femmes ? Parce que électoralement parlant elles ne représentent rien ? Parce que ceux qui votent les lois et font l'opinion ne dédaignent pas à l'occasion une gâterie tarifée ? Pourquoi ces femmes en détresse ne rencontrent-elles pas plus de solidarité parmi nous autres qui avons eu la chance d'échapper à cette lente destruction de la personne qu'est l'exercice de la prostitution ?

Que faire ? Des lois sur la prostitution, il en a toujours eu. Et elles ont toujours été inefficaces. Votées par des assemblées mâles à 90 %, clients à l'occasion, elles ne posent pas le problème du consommateur de prostituées. Alors ? Interdire la consommation ? Peine perdue. Une loi de plus ne changerait rien. Mais agir sur les mentalités, ça devrait pouvoir se faire, non ? On nous abreuve à longueur d'année de campagne de pub nous incitant à boucler notre ceinture, à manger des kiwis à mettre des capotes. Pourquoi pas une campagne expliquant aux usagers la vérité sur le trafic des femmes ? Plus personne ne devrait pouvoir dire qu'il ne sait pas que les proxénètes contrôlent la prostitution par la contrainte, la violence, la torture le chantage. Plus personne ne devrait considérer que sa propre urgence sexuelle justifie que quelqu'un d'autre mène une vie d'esclave. Plus personne ne devrait trouver du plaisir à humilier une femme en la traitant comme le simple outil de son plaisir. Aucun homme ne devrait oser regarder une femme dans les yeux s'il en a acheté une autre.

Isabelle Alonso, "Et encore je m'retiens" Robert Laffont.

Note: Isabelle Alonso le dit expressément: elle se retient. Je me demande ce que ce serait si elle ne se retenait pas. En tout cas, une chose est sûre: l'humanité est divisée en un sexe bon et un sexe mauvais. Ce doit être cela qu'on appelle l'égalité des sexes.

Par Roland - Publié dans : prostitution
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