Cyberfuss
 

Mercredi 3 novembre 2004

Dans une société moderne, les pouvoirs publics et les médias calomnient la moitié de l'humanité. C'est normal, ils font leur boulot. Cette calomnie s'exerce dans divers domaines, particulièrement en matière salariale. La thèse est la suivante: les femmes salariées sont victimes d'injustice, de discriminations. Elles sont pénalisées par rapport aux hommes parce qu'elles ne perçoivent pas ce qui leur est dû. Bref, pour un même travail accompli, les entreprises leur versent des salaires inférieurs à ceux des hommes.

Par souci de structuration, je regrouperai donc désormais dans une catégorie à part les articles traitant de la calomnie antimasculine en matière de salaires.

Jeudi 23 septembre 2004

Véziane tient une chronique quotidienne publiée en première page du quotidien français Le Figaro. Celle d'aujourd'hui (vendredi 24 septembre) contenait (au moins) un mensonge. Oh, un mensonge banal, ordinaire. Le genre de mensonge que nous avons tous rencontré mille fois. Bref, le genre de mensonge qui, a force d'avoir été répété, est devenu une vérité. Voici ce qu'elle affirme: en France, les salaires des femmes sont inférieurs de 25 % à ceux des hommes. Et elle précise: pour un même travail.

Il se trouve que cette affirmation est tout simplement fausse. Celui qui prend la peine de consulter les chiffres fournis par l'INSEE pourra constater que le chiffre officiel est bien inférieur. Ainsi, dans " Économie et statistique " , N°337-338, 2000 7/8, page 135, nous lisons : " En 1997, pour l'ensemble des salariés (temps partiel inclus), l'écart salarial estimé est de 25,9 % en faveur des hommes. Les différences de durée hebdomadaire de travail jouent un rôle important, puisqu'elles expliquent les deux cinquièmes de cet écart ; les autres différences structurelles expliquent encore deux autres cinquièmes ; reste un cinquième " inexpliqué ".

C'est ce cinquième " inexpliqué " que l'INSEE considère comme une discrimination contre les femmes. Le raisonnement est le suivant : puisque c'est inexpliqué, c'est forcément de la discrimination. Raisonnement contestable, car précisément, ce qui est inexpliqué est inexpliqué. Rien ne prouve que ce soit de la discrimination plutôt qu'autre chose. Mais, passons. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que de l'aveu même des statistiques de l'INSEE, à travail égal, la discrimination salariale est estimée à 5,2 % au plus. Nous sommes bien loin des 25 % annoncés. La différence est bien de 25 % (25,9 % précisément), mais certainement pas à travail égal.

Ce genre de méthode, qui consiste à prendre un chiffre pour un autre, est une pratique habituelle et routinière de la presse. Mais, après tout, ces gens ne font que le travail pour lequel ils sont payés.

Mardi 21 septembre 2004

On nous assure que, pour un même travail, les entreprise versent aux femmes des rémunérations inférieures à celles qu’elles versent aux hommes. Si c’est le cas, il y a des personnes précises qui sont responsables de cette situation. Les rémunérations des salariés ne sont pas jouées aux dés. Elles sont décidées par des individus. Il devrait donc être possible d’identifier ces individus, comme on identifie des trafiquants de drogue ou des passeurs qui font entrer des immigrés clandestinement. Mais ici, curieusement, on ne nous présente jamais aucun coupable.

Il y a une pratique appelée le " testing " qui permet de confondre les boîtes de nuit qui font des discriminations contre les Maghrébins, les Noirs, ou autres. C’est simple, on se présente à l’entrée et on fait constater que l’entrée est refusée aux Maghrébins, aux Noirs ... Et c’est valable en justice. Cela permet d’obtenir des condamnations. Mais en matière de " salaires féminins inférieurs ", je n’ai jamais entendu parler de testing, ou d’action en justice ou de condamnation de qui que ce soit. Étonnant, non ?

Et puis, il y a encore une chose qui m’intéresserait, c’est de connaître les bons et les mauvais élèves. Je veux dire, les bonnes et les mauvaises entreprises. Si l’INSEE connaît les salaires, elle doit bien avoir noté quelque part aussi le nom de l’entreprise dans laquelle le salarié en question travaille. Il devrait donc être possible d’obtenir un classement des entreprises, des plus vertueuses (celles dans lesquelles la discrimination contre les femmes est minime, voire inexistante) aux plus misogynes, où la discrimination atteint 40 % ou pourquoi pas 50 %. Mais ce classement, hélas, n’apparaît nulle part.

Les femmes, nous dit-on, luttent pour leurs droits. Mais la bonne manière de lutter ne serait-elle pas de cibler les entreprises les plus discriminantes et d’accuser un chef d’entreprise ou un responsable du personne bien précis, plutôt que d’affirmer, de manière générale, que les salaires féminins sont " en moyenne " inférieurs de x %, sans jamais désigner personne en particulier ?

J’écoute de temps à autre B’FM, " la radio de l’économie " (96.4 MHz à Paris). J’entends Valérie Lecable, dans son émission " Les sagas du pouvoirs " interroger les chefs des grandes entreprise : Maurice Lévy (Publicis), Jean-François Dehecq (Sanofi), Spinetta (Air France), Schweitzer (Renault). Mon rêve, ce serait que Valérie Lecable (une femme...) mette un jour les pieds dans le plat. Qu’elle mette cette question des salaires inférieurs sur le tapis et qu’elle dise : " M. Spinetta (ou Lévy ou Dehecq, etc.), tout ça c’est bien joli, vous nous avez exposé votre stratégie, vos plans de développement, mais venons en à une autre question : les discriminations salariales envers les femmes. Expliquez-nous pourquoi la direction des ressources humaines de Renault (ou de Publicis, ou d’Axa, ...) continue, aujourd’hui encore, de fixer des salaires féminins inférieurs de 30 % à ceux des hommes ?  "

Mais cette question n’est jamais posée. Pourquoi ? A mon (humble) avis, la réponse est simple. Si une telle question était posée, il ne fait aucun que le PDG ainsi interpellé ne mettrait nullement en doute le fait que les femmes sont victimes de discriminations salariales (puisqu’il s’agit, comme nous l’avons vu, d’un fait évident et incontestable). En revanche, il contesterait que cela se passe " chez lui ". Chez les autres, cela oui, certainement, mais chez lui, jamais de la vie.

Le problème, c’est que tous les PDG interviewés diraient la même chose. Le PDG de Renault : " Chez les autres, oui, cela ne fait aucun doute, mais pas chez nous. " Le PDG d’Axa : " Chez les autres, oui, cela ne fait aucun doute, mais pas chez nous. " Le PDG de Sanofi-Aventis : " Chez les autres, oui, cela ne fait aucun doute, mais pas chez nous. " Et ainsi de suite à l’infini... Nous aboutirions donc à cette conclusion : les salaires féminins sont inférieurs, oui, mais ailleurs. Ailleurs, c’est un bel endroit, toute la question est de savoir comment on s’y rend.

Voilà pourquoi les journalistes prennent grand soin de rester vagues. Il ne faut pas entrer dans les détails. On porte des accusations générales. Comme cela, personne n’est visé en particulier et personne ne dément. Ainsi, le crime est partout et les coupables nulle part.

 
 
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