Les calomnies en matière de salaires

Mercredi 1 septembre 2004 3 01 /09 /2004 00:00

On peut fréquemment lire dans la presse ou entendre à la radio que les entreprises des pays industrialisés (France, Grande Bretagne, Allemagne, Etats-Unis, ...) versent aux femmes des rémunérations inférieures à celles qu’elles versent aux hommes pour un même travail accompli. Bien rares les journalistes ou les hommes politiques qui n’ont pas dénoncé les "salaires féminins inférieurs" à un moment ou à un autre de leur carrière. Voici quelques exemples.

Michel Rocard, un homme politique dont on n’entend plus beaucoup parler aujourd’hui mais qui a eu son heure de célébrité déclarait il y a quelques années : " S’il y a discrimination dans notre société , elles continuent de frapper davantage les femmes dont les salaires restent inférieurs d’environ 20 % à ceux des hommes "

Plus près de nous, Lionel Jospin : " Je vous rappelle que les femmes subissent encore en France des discriminations importantes, par exemple dans le travail : les écarts de salaires entre ceux des hommes et des femmes sont encore d’environ 30 % en moyenne ".

Exmples non limitatifs, bien sûr...

Les élus locaux, eux aussi, sont de la partie. Ainsi, Christine Bruneau, Maire adjoint chargée des Affaires générales, Ressources humaines, Affaires juridiques et contentieuses : " Lorsque nous observons aujourd’hui les différentiels de salaires réservés aux femmes à postes équivalents (jusqu’à 24% de différence), nous pouvons constater le défaut de mise en œuvre des textes majeurs internationaux. " (Boulogne-Billancourt Infos, bulletin de la municipalité de Boulogne).

Descendons encore dans la hiérarchie sociale. Ainsi, une simple citoyenne me demandait dernièrement : " Cela vous plairait-il de voir votre salaire amputé de 20 % parce que vous êtes une femme ? ".

S’il y a des questions qui divisent les Français, ce n’est pas le cas des salaires féminins injustement inférieurs. Du haut en bas de la pyramide sociale, du nord au sud du pays, il semble y avoir une unanimité sur cette question : les femmes sont victimes d’une injustice. Est-ce réellement le cas ? Et si oui, pourquoi les entreprises agissent-elles ainsi ? Je l’ignore, mais je suppose que ceux qui le disent ont la réponse.

Par Roland - Publié dans : Les calomnies en matière de salaires
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Jeudi 2 septembre 2004 4 02 /09 /2004 00:00

Dans mon article " Salaires féminins inférieurs ", j’ai cité les déclarations de diverses personnes selon lesquelles les salaires versés aux femmes seraient (à travail et qualification égaux) inférieurs de 20 % à 30 % à ceux des hommes.

On peut faire une observation immédiate : aucune de ces déclarations n’est sourcée. En d’autres termes, aucune d’entre elles n’indique le fondement sur lequel l’affirmation en question est basée.

Par exemple, Madame Christine Bruneau, Maire adjoint chargée des Affaires générales, des Ressources humaines, des Affaires juridiques et contentieuses, déclare: " Nous observons aujourd’hui les différentiels de salaires réservés aux femmes à postes équivalents (jusqu’à 24% de différence) " (Boulogne-Billancourt Infos, bulletin de la municipalité de Boulogne). Mais où, exactement, observe-t-elle (ou plutôt nous, puisqu’elle nous met dans le coup) ces différentiels de salaires ? Ce n’est tout de même pas le genre de chose que l’on peut observer en se promenant dans la rue. Il faut bien qu’il y ait des études, des statistiques, des chiffres quelque part. Mais où sont-ils ces chiffres ? Madame Bruneau ne le dit pas.

Les mêmes remarques s’appliquent à Lionel Jospin ou Michel Rocard. Ils ne citent pas leur source. Ils ne fondent leur propos sur aucune étude de l’INSEE ou autre. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une évidence, d’un fait " bien connu de tous ", d’un fait " qui ne saurait être mis en doute ". Pourquoi citer des chiffres, pourquoi apporter des preuves, puisque tout le monde sait ?

Nous observons qu’il y a deux choses : un fait et la déduction qu’on en tire.

Le fait : les différentiels de salaires à postes équivalents.

La déduction : les femmes " aujourd’hui encore " sont victimes de discriminations (Rocard, Jospin). Un défaut de mise en œuvre des textes majeurs internationaux (Madame Bruneau). Bref, une injustice envers les femmes, un déni de droit.

C’est évidemment la déduction qui est importante dans toutes ces déclarations. Le fait lui-même n’a pas besoin d’être démontré puisqu’il est " bien connu ". On n’a pas besoin de démontrer que la terre est ronde, tout le monde sait cela aujourd’hui. Particulièrement intéressante de ce point de vue, la déclaration de Lionel Jospin. : " Je vous rappelle que les femmes subissent encore en France des discriminations importantes, par exemple dans le travail  ". Jospin ne nous apprend pas, il nous rappelle. Autrement dit, il fait référence à un fait antérieur : le jour où nous avons appris. Et c’était quand, exactement, ce jour-là ? Personne ne le sait, personne ne le dit, personne ne s’en souvient.

Bref, l’affirmation étant incontestée, chacun la croit incontestable. Chacun, estimant l’affirmation incontestable, la reprend à son compte sans se donner le mal de la prouver. Pourquoi prouver ce qui est incontestable ?

Si on demandait à tous ces gens : "  Sur quoi vous basez-vous ?  ", ils nous répondraient tranquillement : "  Sur les chiffres, sur les études de l’INSEE. Ce n’est tout de même pas notre faute si ce sont les chiffres qui le disent. " Bonne conscience, donc. Malheureusement, on peut dire exactement la même chose que ce qui précède à propos des statistiques, des études. Leur existence est considérée comme incontestable. En effet, s’il est admis sans contestation que la politique salariale des entreprises est injuste envers les femmes, c’est bien parce que " des études " l’ont montré de manière indiscutable. L’existence de ces études ne fait dès lors aucun doute. Pourquoi se fatiguer à aller chercher des références, puisqu’il est indiscutable que ces études existent ? On revient donc à la case départ.

Attention : je n’affirme pas que tout cela est faux. Je voulais juste souligner un phénomène de moutons de Panurge. Chacun fait comme les autres, de confiance, sans se donner la peine de vérifier par lui-même.

PS : Si par hasard vous connaissez ou tombez sur d’autres déclarations du type " salaires féminins inférieurs " (sous entendu : à travail égal), merci de m’aider à enrichir ma " collection " en m’en adressant une copie (en commentaire en bas de cet article).

RE-PS : Un autre exemple, que vous pouvez vérifier par vous-mêmes, de visu, sur ce blog même : un commentaire à mon article " Le sexisme, c’est l’hétérosexualité ". Voici ce que m’écrit Saz :

" Un conseil: ne fait pas rimer féminisme avec extremisme. Si certains mouvements le sont, la majorités des femmes sont féministes et se battent au jour le jour pour faire valoir leurs droits Il n'est pas question ici de faire des prisons unisexes mais tout simplement de gagner la meme chose qu'un homme a travail égal par exemple. Donc, ouvre un peu les yeux sur le monde qui t'entoure! "

Par Roland - Publié dans : Les calomnies en matière de salaires
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Mardi 21 septembre 2004 2 21 /09 /2004 00:00

On nous assure que, pour un même travail, les entreprise versent aux femmes des rémunérations inférieures à celles qu’elles versent aux hommes. Si c’est le cas, il y a des personnes précises qui sont responsables de cette situation. Les rémunérations des salariés ne sont pas jouées aux dés. Elles sont décidées par des individus. Il devrait donc être possible d’identifier ces individus, comme on identifie des trafiquants de drogue ou des passeurs qui font entrer des immigrés clandestinement. Mais ici, curieusement, on ne nous présente jamais aucun coupable.

Il y a une pratique appelée le " testing " qui permet de confondre les boîtes de nuit qui font des discriminations contre les Maghrébins, les Noirs, ou autres. C’est simple, on se présente à l’entrée et on fait constater que l’entrée est refusée aux Maghrébins, aux Noirs ... Et c’est valable en justice. Cela permet d’obtenir des condamnations. Mais en matière de " salaires féminins inférieurs ", je n’ai jamais entendu parler de testing, ou d’action en justice ou de condamnation de qui que ce soit. Étonnant, non ?

Et puis, il y a encore une chose qui m’intéresserait, c’est de connaître les bons et les mauvais élèves. Je veux dire, les bonnes et les mauvaises entreprises. Si l’INSEE connaît les salaires, elle doit bien avoir noté quelque part aussi le nom de l’entreprise dans laquelle le salarié en question travaille. Il devrait donc être possible d’obtenir un classement des entreprises, des plus vertueuses (celles dans lesquelles la discrimination contre les femmes est minime, voire inexistante) aux plus misogynes, où la discrimination atteint 40 % ou pourquoi pas 50 %. Mais ce classement, hélas, n’apparaît nulle part.

Les femmes, nous dit-on, luttent pour leurs droits. Mais la bonne manière de lutter ne serait-elle pas de cibler les entreprises les plus discriminantes et d’accuser un chef d’entreprise ou un responsable du personne bien précis, plutôt que d’affirmer, de manière générale, que les salaires féminins sont " en moyenne " inférieurs de x %, sans jamais désigner personne en particulier ?

J’écoute de temps à autre B’FM, " la radio de l’économie " (96.4 MHz à Paris). J’entends Valérie Lecable, dans son émission " Les sagas du pouvoirs " interroger les chefs des grandes entreprise : Maurice Lévy (Publicis), Jean-François Dehecq (Sanofi), Spinetta (Air France), Schweitzer (Renault). Mon rêve, ce serait que Valérie Lecable (une femme...) mette un jour les pieds dans le plat. Qu’elle mette cette question des salaires inférieurs sur le tapis et qu’elle dise : " M. Spinetta (ou Lévy ou Dehecq, etc.), tout ça c’est bien joli, vous nous avez exposé votre stratégie, vos plans de développement, mais venons en à une autre question : les discriminations salariales envers les femmes. Expliquez-nous pourquoi la direction des ressources humaines de Renault (ou de Publicis, ou d’Axa, ...) continue, aujourd’hui encore, de fixer des salaires féminins inférieurs de 30 % à ceux des hommes ?  "

Mais cette question n’est jamais posée. Pourquoi ? A mon (humble) avis, la réponse est simple. Si une telle question était posée, il ne fait aucun que le PDG ainsi interpellé ne mettrait nullement en doute le fait que les femmes sont victimes de discriminations salariales (puisqu’il s’agit, comme nous l’avons vu, d’un fait évident et incontestable). En revanche, il contesterait que cela se passe " chez lui ". Chez les autres, cela oui, certainement, mais chez lui, jamais de la vie.

Le problème, c’est que tous les PDG interviewés diraient la même chose. Le PDG de Renault : " Chez les autres, oui, cela ne fait aucun doute, mais pas chez nous. " Le PDG d’Axa : " Chez les autres, oui, cela ne fait aucun doute, mais pas chez nous. " Le PDG de Sanofi-Aventis : " Chez les autres, oui, cela ne fait aucun doute, mais pas chez nous. " Et ainsi de suite à l’infini... Nous aboutirions donc à cette conclusion : les salaires féminins sont inférieurs, oui, mais ailleurs. Ailleurs, c’est un bel endroit, toute la question est de savoir comment on s’y rend.

Voilà pourquoi les journalistes prennent grand soin de rester vagues. Il ne faut pas entrer dans les détails. On porte des accusations générales. Comme cela, personne n’est visé en particulier et personne ne dément. Ainsi, le crime est partout et les coupables nulle part.

Par Roland - Publié dans : Les calomnies en matière de salaires
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