Dans mon article " Salaires féminins inférieurs ", j’ai cité les déclarations de diverses personnes selon lesquelles les salaires versés aux femmes seraient (à travail et qualification égaux) inférieurs de 20 % à 30 % à ceux des hommes.
On peut faire une observation immédiate : aucune de ces déclarations n’est sourcée. En d’autres termes, aucune d’entre elles n’indique le fondement sur lequel l’affirmation en question est basée.
Par exemple, Madame Christine Bruneau, Maire adjoint chargée des Affaires générales, des Ressources humaines, des Affaires juridiques et contentieuses, déclare: " Nous observons aujourd’hui les différentiels de salaires réservés aux femmes à postes équivalents (jusqu’à 24% de différence) " (Boulogne-Billancourt Infos, bulletin de la municipalité de Boulogne). Mais où, exactement, observe-t-elle (ou plutôt nous, puisqu’elle nous met dans le coup) ces différentiels de salaires ? Ce n’est tout de même pas le genre de chose que l’on peut observer en se promenant dans la rue. Il faut bien qu’il y ait des études, des statistiques, des chiffres quelque part. Mais où sont-ils ces chiffres ? Madame Bruneau ne le dit pas.
Les mêmes remarques s’appliquent à Lionel Jospin ou Michel Rocard. Ils ne citent pas leur source. Ils ne fondent leur propos sur aucune étude de l’INSEE ou autre. Pourquoi ? Parce qu’il s’agit d’une évidence, d’un fait " bien connu de tous ", d’un fait " qui ne saurait être mis en doute ". Pourquoi citer des chiffres, pourquoi apporter des preuves, puisque tout le monde sait ?
Nous observons qu’il y a deux choses : un fait et la déduction qu’on en tire.
Le fait : les différentiels de salaires à postes équivalents.
La déduction : les femmes " aujourd’hui encore " sont victimes de discriminations (Rocard, Jospin). Un défaut de mise en œuvre des textes majeurs internationaux (Madame Bruneau). Bref, une injustice envers les femmes, un déni de droit.
C’est évidemment la déduction qui est importante dans toutes ces déclarations. Le fait lui-même n’a pas besoin d’être démontré puisqu’il est " bien connu ". On n’a pas besoin de démontrer que la terre est ronde, tout le monde sait cela aujourd’hui. Particulièrement intéressante de ce point de vue, la déclaration de Lionel Jospin. : " Je vous rappelle que les femmes subissent encore en France des discriminations importantes, par exemple dans le travail ". Jospin ne nous apprend pas, il nous rappelle. Autrement dit, il fait référence à un fait antérieur : le jour où nous avons appris. Et c’était quand, exactement, ce jour-là ? Personne ne le sait, personne ne le dit, personne ne s’en souvient.
Bref, l’affirmation étant incontestée, chacun la croit incontestable. Chacun, estimant l’affirmation incontestable, la reprend à son compte sans se donner le mal de la prouver. Pourquoi prouver ce qui est incontestable ?
Si on demandait à tous ces gens : " Sur quoi vous basez-vous ? ", ils nous répondraient tranquillement : " Sur les chiffres, sur les études de l’INSEE. Ce n’est tout de même pas notre faute si ce sont les chiffres qui le disent. " Bonne conscience, donc. Malheureusement, on peut dire exactement la même chose que ce qui précède à propos des statistiques, des études. Leur existence est considérée comme incontestable. En effet, s’il est admis sans contestation que la politique salariale des entreprises est injuste envers les femmes, c’est bien parce que " des études " l’ont montré de manière indiscutable. L’existence de ces études ne fait dès lors aucun doute. Pourquoi se fatiguer à aller chercher des références, puisqu’il est indiscutable que ces études existent ? On revient donc à la case départ.
Attention : je n’affirme pas que tout cela est faux. Je voulais juste souligner un phénomène de moutons de Panurge. Chacun fait comme les autres, de confiance, sans se donner la peine de vérifier par lui-même.
PS : Si par hasard vous connaissez ou tombez sur d’autres déclarations du type " salaires féminins inférieurs " (sous entendu : à travail égal), merci de m’aider à enrichir ma " collection " en m’en adressant une copie (en commentaire en bas de cet article).
RE-PS : Un autre exemple, que vous pouvez vérifier par vous-mêmes, de visu, sur ce blog même : un commentaire à mon article " Le sexisme, c’est l’hétérosexualité ". Voici ce que m’écrit Saz :
" Un conseil: ne fait pas rimer féminisme avec extremisme. Si certains mouvements le sont, la majorités des femmes sont féministes et se battent au jour le jour pour faire valoir leurs droits Il n'est pas question ici de faire des prisons unisexes mais tout simplement de gagner la meme chose qu'un homme a travail égal par exemple. Donc, ouvre un peu les yeux sur le monde qui t'entoure! "