Cyberfuss
 

Jeudi 18 novembre 2004

Au lendemain de l’arrivée de la version 1.0, l'ingénieur en chef du projet évoque son histoire, ses singularités et ses objectifs.

Parcours atypique que celui de ce néo-zélandais de 24 ans qui était encore un ado quand le premier exemplaire du "butineur" web Netscape a débarqué un beau jour de 1994. Ben Goodger a d'abord collaboré comme bénévole à Mozilla.org, un projet de développement open source né en 1998 pour trouver une alternative "libre et ouverte", déjà, à Internet Explorer. Car entre-temps, Netscape est parti rejoindre le groupe AOL.

À partir de 2000, Goodger se fait remarquer chez... AOL, précisément dans la division Netscape, où il restera jusqu'à ce que soit créée, l'an dernier, la Mozilla Foundation. Retour aux sources, donc. Il est aujourd'hui l'ingénieur en chef du projet Firefox, le navigateur de la "suite" Mozilla qui comprend aussi la messagerie Thunderbird, conçu pour concurrencer Outlook de Microsoft. Fifefox est déjà très populaire, pas loin de 10% de parts de marché acquis en quelques semaines. De quoi réellement faire de l'ombre à Internet Explorer, qui sera demain encore plus imbriqué dans Windows? Ben Goodger y croit. Entretien

En quoi consistait votre travail dans la division Netscape d'AOL?
Lorsque l’équipe Netscape a décidé de repenser son navigateur en l’équipant du moteur de présentation Gecko, plus en conformité avec les standards, elle a également commencé à redévelopper l'interface utilisateur. En 1999, cette dernière était très basique - suffisante pour pouvoir naviguer dans les pages web, mais pas très soignée. En voyant que la plupart des efforts étaient portés sur les fonctionnalités de base, j'ai d’abord décidé, lorsque j’étais bénévole, de m’attacher à l'amélioration de l'interface utilisateur à mesure que je m'initiais aux technologies de programmation d'interface utilisateur employées. Par la suite, j'ai commencé à prévoir de nouvelles fonctionnalités.

Pour ceux d'entre nous qui ne connaissent pas bien l'histoire de Mozilla, pouvez-vous nous rappeler comment le groupe a repensé son navigateur en 1999?
Netscape a ouvert le code source de son Communicator en 1998, afin de pouvoir "exploiter les ressources de milliers de programmeurs open source dans le monde". Mais une fois le produit (Communicator 5.0) quasiment finalisé, un groupe d'activistes, réunissant des développeurs web et baptisé Web Standards Project, a fait pression sur Netscape pour qu'il arrête de travailler sur son ancien moteur de présentation ("Mariner", utilisé dans la version 4.0 et amélioré pour la version 5.0), moins conforme avec les standards. Et pour qu'il le remplace par un moteur plus récent et plus conforme, appelé Gecko. Après réflexion, Netscape a accpeté.

Malheureusement, la démarcation dans le code entre l'ancien moteur de présentation et l'ancienne interface utilisateur du navigateur n'était pas très claire, si bien que le passage à Gecko a nécessité une réécriture complète du navigateur (en repartant de zéro dans la plupart des cas, hormis quelques exceptions comme le JavaScript).
La migration (de Mariner à Gecko) a eu lieu le 26 octobre 1998. Tous ceux qui travaillaient alors chez Netscape sur la version 5.0 sont passés à la nouvelle interface XPFE (Cross Platform Front End). Le langage XUL (eXtensible User Interface Language) était né, et la longue route vers Netscape 6 pouvait commencer... vous connaissez la suite.

En supposant qu’il devienne un rival, comment Mozilla peut-il faire le poids dans un monde dominé par Longhorn, la prochaine version de Windows dans laquelle IE sera encore plus imbriqué?
Nous pensons que nous saurons tirer notre épingle du jeu. Nous sommes par exemple en train de repenser nos systèmes graphiques, afin de mieux tirer profit de l'accélération matérielle et des nouvelles fonctionnalités.

À ce stade, nous avons amélioré l’intégration de nos logiciels dans l'interface graphique GNOME. Firefox s'intègre mieux que jamais à ce système de bureau (qui accompagne, avec KDE, la plupart des distribuitions GNU/Linux du marché, Ndlr). Nous proposons des menus natifs conviviaux, l'intégration du navigateur par défaut et bien plus encore.

Mais à l'heure actuelle, y a-t-il une réelle concertation entre GNOME et Mozilla?
Pas pour l'instant. Par contre, nous collaborons pour intégrer le moteur de présentation Gecko à proprement parler et gérer nos API (interfaces de programmation d'applications) en ce sens.

Vous paraissez relativement désinvolte vis-à-vis de Longhorn. Est-ce dû au fait que Microsoft a pris beaucoup de retard sur son calendrier, ou parce que vous pensez que le navigateur autonome va prévaloir, même dans un monde dominé par Longhorn?
Microsoft va avoir du mal à séduire avec Longhorn. Il ne s'exécutera pas bien sur le matériel ancien, encore très présent dans les entreprises. Il va devoir investir beaucoup d’argent pour convaincre les entreprises qu'elles doivent passer à la nouvelle version de Windows moyennent tant de dollars, et dans la foulée mettre à jour leur matériel, juste pour exécuter des applications qu’elles possèdent déjà sous d'anciennes versions.

Expliquez-moi en quoi la décision de Microsoft de ne plus livrer aucune version autonome d'IE affecte Mozilla.
Elle montre aux utilisateurs que s'ils veulent bénéficier d'une meilleure expérience en ligne, ce n'est pas à Microsoft qu'ils doivent s'adresser. Nous sommes l'une des alternatives... et notre gratuité est un atout.

On peut lire sur votre blog que "Netscape a été prédominant sur le marché en arrivant le premier, Microsoft l’est aujourd’hui en étant omniprésent. Firefox le sera en étant le meilleur". Visez-vous vraiment une position prédominante?
Nous devons voir grand. Sinon, pourquoi se donner la peine d’essayer? Il est temps que les logiciels open source - les bons - soient fiers d’eux-mêmes, visent les premières places, y parviennent et essaient d’en profiter autant que possible. Vous ne parvenez pas au sommet en visant 5% ou 10% de parts de marché.

Quelle est la meilleure chose qu’AOL a fait, en tant que société mère, pour Mozilla?

Mobiliser des ressources. Je ne veux pas dire par là qu’AOL devrait reprendre Netscape et faire plancher tout le monde sur le projet. Les salariés de Netscape et d’AOL ont fait beaucoup en peu de temps, et il s’agit là d’une contribution immense. Nous pouvons déjà récolter les fruits de ce travail.

Regrettez-vous qu’ils vous aient donné votre indépendance? La solvabilité de la fondation vous préoccupe-t-elle?

Aucune inquiétude de ce côté-là. Et je ne regrette pas qu’on nous ait laissé voler de nos propres ailes; cela m’a donné plus de temps pour travailler sur Firefox.

Sachant que votre projet est open source, êtes-vous libre d’utiliser les technologies des autres? Le faites-vous?

Tout dépend des licences. Vous ne pouvez utiliser du code que si vous acceptez les termes de la licence sous laquelle il est fourni, ou si votre produit est compatible avec elle. Par exemple, nous envisageons d’utiliser Cairo, une couche graphique 2D haute performance. Cairo est désormais soumis à la double licence MPL/LGPL, ce qui nous permet de l’exploiter plus facilement. Je garde un œil sur les concurrents, pas seulement sur les logiciels rivaux, mais aussi sur d’autres types de logiciels ayant des fonctions nouvelles et intéressantes.

Certains disent que Firefox a meilleure réputation en matière de sécurité qu’IE simplement parce qu’il n’accapare pas une part de marché suffisante pour attirer l’attention des chasseurs de bugs et des utilisateurs malintentionnés. Qu'en pensez-vous?

Non. Firefox est mieux conçu à bien des égards. À titre d’exemple, il n’a pas de "mode" permettant l’exécution automatique de contenu douteux, aucune "zone de sécurité". Par ailleurs, la popularité d'un logiciel n’a aucune répercussion sur la sécurité du produit. Apache accapare une plus grande part de marché que Microsoft IIS, lequel recèle davantage de brèches de sécurité qu’Apache.

Quelles sont les autres caractéristiques de Firefox qui, selon vous, le rendent intrinsèquement plus sûr?

Nous essayons de bien informer l’utilisateur du niveau de sécurité des sites qu’il visite, pour lui éviter de faire des achats non sécurisés, par exemple. Par ailleurs, notre travail fait l'objet de l'examen permanent d'une communauté qui s’évertue à identifier et résoudre tout problème pouvant survenir. Tout le monde peut faire partie de cette communauté en vertu de notre nature open source.

Quels sont vos objectifs ultimes avec la fondation Mozilla? Votre responsable des relations publiques dit qu’il s'agit de garantir le choix sur le web, mais est-ce tout?

C’est une chose que de vouloir offrir sans cesse du choix et de l’innovation, mais pour que cet objectif soit véritablement viable, il faut travailler dur. La fondation veut voir une version populaire d’Aviary - c’est le surnom que nous donnons au binôme Firefox/Thunderbird - et élargir ses objectifs en termes de plate-forme. Mon objectif personnel est de produire le meilleur logiciel possible, qui soit vraiment utile pour le plus grand nombre.

Quand avez-vous commencé à utiliser le navigateur Netscape?

En 1997. Avant cela, j’utilisais Internet Explorer, puisque c’est ce qui était installé sur les machines que j’avais. Je suis revenu à Internet Explorer en 1999 et y suis resté fidèle jusqu’à ce que Mozilla/Netscape devienne suffisamment stable pour pouvoir l’utiliser comme navigateur par défaut, en 2001. J’utilise les outils qui me permettent de travailler rapidement, sans me préoccuper des questions d’affiliation à une marque ou d’idolâtrie.

Enfin, en quoi la vision du navigateur et de la suite de navigation selon Mozilla diffère-t-elle de ce que Netscape proposait il y a dix ans?

À bien des égards, Mozilla a une vision du navigateur identique aux objectifs initiaux de Netscape, à savoir créer un logiciel utile. Notre vision de l'avenir est basée là-dessus: un navigateur et une application de messagerie électronique utiles, plutôt qu’une suite à tout faire, qui est plus un héritage vieillot laissé par Netscape. Ce que Netscape ignorait en 1994, c’est l’orientation qu’allait prendre le web. Rétrospectivement, nous avons réussi à affiner cette vision simple pour permettre aux gens de trouver ce qu’ils cherchent plus facilement grâce à des moteurs de recherche intégrés. Nous avons réduit les interférences associées à la navigation web, telles que les fenêtres pop-up; nous avons utilisé de nouvelles technologies et avons mis l’accent sur la convivialité afin d’améliorer l’interaction des individus avec ces fonctionnalités et le contenu web.

Samedi 13 novembre 2004

Le nouvel outil anti-spyware de Yahoo bloque les logiciels publicitaires de Claria. Or, Claria se fournit en liens sponsorisés auprès d’une filiale de Yahoo, Overture. Face à cette situation paradoxale, les deux sociétés restent sereines.

Quelques ratés entachent la toute dernière mise à jour du logiciel anti-spyware de Yahoo. Cette fonction, intégrée depuis fin mai à la Yahoo Toolbar, détecte dans l'ordinateur la présence de logiciels espions, ces programmes qui récupèrent des données personnelles, du type numéro de carte bancaire, à l'insu de l'utilisateur.

Depuis début août, la barre d’outil de Yahoo donne aussi aux internautes la possibilité de bloquer les adware, ces programmes qui traquent les habitudes de navigation des internautes, puis leur envoient des publicités ciblées selon leurs centres d’intérêt (la plupart du temps sous forme de pop-up).

Le plus célèbre des adware est édité par Claria, ex-Gator. Il est inséré dans Gator eWallet, programme qui gère les mots de passe et les identifiants des internautes. Les internautes téléchargent souvent ce logiciel à leur insu, car il est notamment couplé avec des systèmes gratuits d’échange de fichiers.

Deux poids, deux mesures?

Toutefois, au cours des premiers tests réalisés par notre rédaction américaine, la nouvelle barre d’outil de Yahoo a eu tendance à se mélanger les pinceaux. Elle a ainsi identifié, à tort, le spyware SearchCentrix comme faisant partie de l’arsenal de Claria et de son fameux eWallet. SearchCentrix modifie les paramètres du navigateur de sorte qu'un internaute qui tape une requête dans un moteur de recherche est redirigé vers une liste de liens publicitaires.

"Nous n’avons aucune preuve soutenant le fait qu’eWallet installe également ce logiciel", a déclaré un porte-parole de Yahoo. "Nous pensons que cette erreur provient d’un bug dans le code de notre partenaire Pest Patrol (l’éditeur qui fournit à Yahoo la solution technique anti-spyware, ndlr) et nous travaillons avec eux pour résoudre ce problème."

Au-delà de l’aspect purement technique, la sévérité nouvelle de Yahoo face aux adware pourrait compromettre ses relations commerciales avec Claria. En effet, Overture, la filiale de Yahoo spécialisée dans les liens sponsorisés, fournit des publicités ciblées aux pop-up que génèrent les logiciels de Claria.

Pour l’instant toutefois, chacun cherche à calmer le jeu. Selon les représentants d’Overture, la relation avec Claria est intacte. Ils précisent que l’éditeur de logiciels respecte sa politique en matière d’adware, à savoir présenter clairement ce que font ses produits et permettre aux utilisateurs de les désintaller facilement. "Nous poursuivrons notre relation commerciale avec Claria tant que la société suit ces préceptes", ajoute Aaron Ferstman, porte-parole de Yahoo.

Son homologue chez Claria tient quasiment le même discours: "Nous avons une relation positive, en plein développement, avec Overture", souligne Scott Eagle. Les contrats liant les deux sociétés courent jusqu’en 2007.

Samedi 13 novembre 2004

Un client américain du constructeur a découvert la présence d'un logiciel espion sur son système, après avoir installé son imprimante. Lexmark lui a expliqué que ce programme alimente ses études clients, sans "collecter de données personnelles".

LONDRES - Le fabricant américain d’imprimantes Lexmark installerait à l'insu de ses clients un petit programme espion, ou "spyware", afin de surveiller l'usage qui est fait de ses machines. C'est ce qu'affirme un utilisateur mécontent sur un groupe de discussion Usenet dédié au monde de l'impression (comp.periphs.printers). L'auteur du message posté le 9 novembre explique ainsi <http://news-reader.org/article.php?group=comp.periphs.printers&post_nr=326130>avoir acheté une imprimante "Lexmark X5250 All-in-one", puis installé sur son PC les pilotes et autres applications nécessaires à son fonctionnement. Il a alors découvert qu'un fichier baptisé "Lx_CATS" avait été placé dans un répertoire système de Windows (c:\program_files\lexmark500). Un fichier qui, après analyse, aurait tout du spyware.

L'utilisateur estime qu'il serait programmé pour ouvrir un port sur l'ordinateur et envoyer tous les 30 jours un paquet de données à une URL appartenant à Lexmark. Il s'agirait d'informations sur l'usage de l'imprimante, notamment la consommation des cartouches d'encre.

Contactant la hotline américaine de Lexmark, il se voit répondre, après avoir insisté, qu'"aucune donnée personnelle n'est collectée par ce programme". Le fabricant assure que le nom de l'utilisateur n'est pas relevé; l'objectif de ce programme serait d'aider Lexmark dans ses "études" de clientèle.

Impossible de savoir pour l'instant si ce spyware revèle ou non l'utilisation d'une cartouche "non officielle"; rappelons que Lexmark combat <http://www.zdnet.fr/actualites/business/0,39020715,39179913,00.htm>l'emploi de ces consommables alternatifs.

Reste que le programme transmet le numéro de série de la machine; or ce numéro est relié au nom de l'utilisateur que ce dernier doit fournir s'il veut profiter de la garantie, fait remarquer l'utilisateur suspicieux. Pour lui, cette "installation non documentée d'un programme espion" constitue une violation de sa vie privée. Et une pratique peu reluisante pour le leader mondial de l'impression.

 
 
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