Comprendre la démocratie

Dimanche 19 septembre 2004 7 19 /09 /2004 00:00

La démocratie repose sur un certain nombre de mythes. L’un d’eux est celui du consentement. D’après ce mythe, la démocratie serait un contrat librement consenti entre les individus. Par " librement ", il faut comprendre sans contrainte, sans violence.

Jean-Jacques Rousseau est certainement l’un des écrivains politiques qui a formulé le plus nettement ce mythe. Ce n’est pas un hasard si l’oeuvre qui l’a rendu célèbre s’appelle " Du contrat social ". D’après Rousseau, la société (idéale) serait une convention, un contrat . A un moment donné de leur histoire, les humains qui peuplent un territoire donné s’assembleraient, délibéreraient et prendraient la décision de former un corps social.

" Chacun de nous met en commun sa personne et toute sa puissance sous la suprême direction de la volonté générale ; et nous recevons en corps chaque membre comme partie indivisible du tout.

" A l’instant, au lieu de la personne particulière de chaque contractant, cet acte d’association produit un corps moral et collectif composé d’autant de membres que l’assemblée a de voix, lequel reçoit de ce même acte son unité, son moi commun, sa vie et sa volonté. " (J.-J. Rousseau, Du contrat social, Livre premier chapitre VI)

Il va de soi que ce n’est pas du tout de cette manière que s’est formée la démocatie française, ni d’ailleurs aucune autre république dans le monde. Il n’y a jamais eu de pacte, de " contrat social " auquel tous les habitants du pays auraient librement consenti.

Nous connaissons, par l’histoire, la succession des évènements dont la chaîne a formé la révolution française : convocation par le roi Louis XVI des Etats généraux, réunion de ces Etats à Versailles le 5 mai 1789, refus du Tiers état de délibérer par ordres, coup de force du 17 juin 1789, etc. Cette succession d’évènements a conduit d’abord à une situation de double pouvoir, puis à un renversement du pouvoir royal. Mais à aucun moment il n’y a eu de volonté commune. Au contraire, il y a eu une lutte acharnée, âpre, sanglante et cruelle. C’est le sort des armes qui a décidé de la victoire d’un camp sur l’autre, et non une délibération pour savoir quel était " l’intérêt général ". D’ailleurs, ce terme " d’intérêt général " ou de " volonté commune " que l’on retrouve sans cesse chez Rousseau est une vaste arnaque. La " volonté générale " n’existe pas. Ce qui existe, ce sont les conflits entre les humains. Ils s’affrontent parce qu’ils ont des intérêts et par conséquent des volontés contraires et parce qu’il leur est impossible de se mettre d’accord. Il faut donc que les uns imposent leur volonté aux autres. Et pour cela, seule la contrainte est efficace. Pour que la contrainte puisse être appliquée, il faut réprimer (fusillades, massacres, exécutions, batailles militaires, sièges de villes, etc.). Aucune " volonté générale " dans tout ça. Nous voyons donc qu’il y a un fossé entre la réalité historique et l’idylllique vision de Rousseau.

En bonne logique, l’école devrait donc expliquer le rôle joué par la violence dans la génèse de la démocratie : les vainqueurs ont imposé leur loi aux vaincus. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. Il y a une dissociation entre la violence et l’instauration des nouvelles institutions politiques.

Et puis on nous dira peut-être encore que si la violence a joué un rôle dans l’instauration de la démocratie, aujourd’hui, tout cela, c’est bien fini. Autrement dit, si le consentement unanime à la démocratie n’existait pas au départ, maintenant il existe.

Il n’est pas faux de dire qu’il y a une adhésion au système démocratique. En revanche, il me semble faux de considérer qu’il y a là quelque chose de spécifique à la démocratie. Sous l’ancien régime, aussi, il y avait une adhésion, un attachement au système politique en vigueur (la monarchie). C’est un fait, les individus possèdent une capacité d’adaptation à la société dans laquelle ils vivent. Ils en adoptent la langue, les lois, les institutions, les habitudes, les moeurs, les idées. Alors, bien sûr, il y a une adhésion au système démocratique dans les pays occidentaux. Mais il n’y a rien de spécial là-dedans. Il n’y a pas plus de consentement à la démocratie qu’aux autres régimes.

La démocratie n’est donc pas un système qui résulte d’un consentement général à des principes. C’est juste une situation qui découle de l’histoire. C’est juste un état de fait.

Par Roland - Publié dans : Comprendre la démocratie
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Mercredi 22 septembre 2004 3 22 /09 /2004 00:00

Voici ce que j’ai trouvé sur un site :

La liberté d'expression a été consacrée par la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 qui dispose " que tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit ". (art. 19)

[source : <http://www.ulb.ac.be/cal/laiciteAZ/libertedexpression.html> ]

Je dois vous avouer que c’est le genre de propos qui me laisse (je vous prie de bien vouloir excuser cet accès de grossièreté) sur le cul. Enfin, comment est-il possible d’écrire des choses pareilles ? Comment est-il possible de prétendre que tout individu a le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et qu’il a le droit de les répandre par quelque moyen que ce soit, alors que nous observons exactement le contraire ? Les exemples sont innombrables. On pourrait parler des révisionnistes (en France) ou des communistes (aux USA). Ou encore du général Aussaresse, récemment condamné pour avoir publié ses mémoires sur la guerre d’Algérie... Dans un article précédent, (Contrôle d’expression - <http://cyberfuss.over-blog.com/article-130.html>), j’ai cité le cas de Yasher Ali, cet imam d'origine irakienne officiant à Argenteuil (Val-d'Oise) à qui les autorités administratives reprochaient d’exhorter ses fidèles "à s'en prendre aux intérêts américains partout, ainsi qu'à tous ceux qui les soutiennent". Franchement, cet article 19 de la Déclaration universelle des droits de l'homme est d’une hypocrisie qui devrait faire honte à ceux qui l’ont rédigé. Les insurgés de 1789 (ont les appelle les " Constituants " dans l’histoire officielle) ont au moins eu l’honnêteté de dire explicitement que la " liberté d’expression " ne s’exercerait que dans les limites posées par la loi (Voir sur ce point mon article : "Un principe en trompe l'oeil"). L’article 19 de la Déclaration universelle, apparemment, (corrigez-moi si je me trompe) n’a pas cette honnêteté élémentaire.

A ce point, écartons un malentendu possible. Certains confondront peut-être deux questions distinctes. Ils diront : " On ne peut tout de même pas tolérer les propos antisémites, racistes, xénophobes, l’apologie de la torture, etc. " Sans doute, mais c’est une autre question. Mon propos n’est pas de dire qu’il faut tolérer de tels propos, mais simplement de faire observer qu’on ne peut pas avoir une chose et son contraire. On ne peut pas, d’un côté, prétendre que tout individu a le droit " essentiel " d’exprimer ses opinions sans être inquiété et de l’autre justifier la répression d’opinions jugées inacceptables. Ce que je veux faire remarquer, simplement, c’est que la liberté d’expression est un concept démagogique.

Par Roland Ducouret - Publié dans : Comprendre la démocratie
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Vendredi 24 septembre 2004 5 24 /09 /2004 00:00

L’un des mythes de la démocratie, c’est la liberté d’expression. L’une des choses qui différencierait les démocraties des " dictatures ", c’est que dans les démocraties, la liberté d’expression serait un droit. Et, pour preuve, on nous montre l’article 11 de la solennelle déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, preuve incontestable de cette volonté des révolutionnaires de 1789 d’instaurer et de garantir la liberté d’expression. Cet article se lit ainsi :

" La libre communication des pensées et des opinions est l’un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. "

Si nous considérons cet article, nous réalisons qu’il est constitué en fait de deux parties bien distinctes. Première partie : " La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement." Vient ensuite la seconde partie : " sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi. "

La première partie de l’article 11 est brillante, flamboyante, elle en jette : " un des droits les plus précieux de l’homme " ; " tout citoyen peut parler écrire, imprimer, librement ". Malheureusement, la suite de l’article 11 nous ramène sur terre en précisant que cette liberté ne s’exercera que dans le cadre déterminé par la loi. Ainsi, la seconde partie de l’article 11 vide la première de son contenu. À première vue, on a l’impression que l’on peut dire ce qu’on veut. Quand on lit plus attentivement, on se rend compte que l’on peut dire seulement ce qui n’est pas interdit. Nous pourrions résumer ironiquement l’article 11 par la formule suivante : " Tout citoyen a le droit d’exprimer librement son opinion, sauf s’il ne l’a pas. " Ou encore : " La liberté d’expression, c’est le droit de dire ce qui n’est pas interdit. " Une tautologie, en somme.

Par Roland Ducouret - Publié dans : Comprendre la démocratie
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