Cyberfuss
 

Dimanche 21 novembre 2004

Tous les États du monde, les démocraties comme les autres, contrôlent l'expression et la diffusion des opinions et des pensées des personnes présentes sur le territoire national: nationaux, étrangers résidents ou de passage. Cela fait partie de leurs attributions fondamentales (régaliennes). Le droit et le pouvoir de contrôler la circulation des idées sont, pour tout État, aujourd'hui comme hier, une prérogative aussi importante, fondamentale et substantielle que le droit de lever l'impôt ou de légiférer. Sans ce contrôle des idées, la société sombrerait rapidement dans l'anarchie et la guerre civile.

Il convient de distinguer deux phases du contrôle d'expression : la surveillance et la répression.

L'État surveille l'expression des idées en prenant connaissance de l'ensemble des opinions émises dans la société. C'est ainsi qu'il impose à toutes les personnes qui expriment des idées par écrit (écrivains, journalistes, etc.) de lui communiquer ces écrits. Généralement, l'État impose une communication préalable à la diffusion des idées, ce qui lui permet de les étouffer dans l'oeuf s'il le souhaite. Ainsi, en ce qui concerne la presse, à chaque parution, le directeur de la publication doit faire parvenir, avant la mise en distribution ou la mise en vente, un exemplaire de la publication au ministère de l'Intérieur (dépôt légal). Il doit en outre effectuer un dépôt administratif et un dépôt judiciaire auprès du parquet du procureur dont relève le lieu d'impression. Quant aux livres, ils doivent être déposés au ministère de l'Intérieur 48 heures avant leur publication.

La seconde phase du contrôle d'expression est la répression. Contrairement à la surveillance, elle n'est pas systématique. Elle n'intervient que dans le cas où un individu ou une organisation (un éditeur, un cinéaste, un journal) a exprimé des opinions que l'État juge inacceptables.

La répression s'opère sous deux formes. La première consiste à étouffer la circulation de ces opinions. Ce résultat s'obtient par des mesures d'interdiction (décisions judiciaires ou administratives) et par la saisie des supports de ces opinions (livres, journaux, films, etc.). Nous avons vu précédemment que le dépôt judiciaire doit s'effectuer au parquet du tribunal de Grande Instance dont dépend l'imprimeur. Nous en comprenons maintenant mieux la raison: il s'agit de permettre une saisie rapide des publications.

La seconde forme de la répression consiste à châtier les insoumis. Il ne suffit pas, en effet, d'empêcher la diffusion de leurs idées. Il faut également leur inspirer de la crainte afin de les amener à se taire ou à se censurer eux-mêmes.

Ah ! J'allais oublier la meilleure. Savez-vous comment on appelle officiellement le contrôle par l'État des opinions et des idées ? Vous allez rire. Cela s'appelle la liberté d'expression. Désopilant, non ?

Samedi 30 octobre 2004
Les responsables de campagne du démocrate John Kerry ont demandé jeudi le retrait d'un spot télévisé diffusé par les républicains qu'ils affirment truqué.Dans ce spot, le président sortant George W. Bush apparaît sur une photo entouré de soldats pour célébrer sa détermination dans la lutte contre le terrorisme et ses qualités de commandant en chef.

Un examen attentif du film révèle toutefois que plusieurs des visages de soldats sur cette photos sont identiques, suggérant que l'image a été truquée pour donner l'illusion d'une foule nombreuse.

"La campagne de John Kerry demande que la diffusion de cette publicité soit immédiatement interrompue", a indiqué Joe Lockhart, un responsable de la campagne Kerry, dans un communiqué.

"S'ils ne disent pas la vérité dans une publicité, ils ne diront la vérité sur rien. Cette publicité truquée est foncièrement malhonnête et représente une insulte à l'intelligence des Américains", a-t-il ajouté.

Le chef de la campagne de George W. Bush, Ken Mehlman a admis qu'il s'agissait "d'une erreur de montage sur la photo dans le coin gauche".

"La tribune présidentielle bloquait certaines personnes alors elle a été retirée et des images de soldats ajoutées", a-t-il expliqué sur la chaîne de télévision CNN, en précisant que la publicité allait être désormais diffusée avec l'image originale.
Samedi 30 octobre 2004

Se déguiser en clochard est devenu une activité du dimanche pour Tony Mendez, 63 ans, ancien "chef déguisement" à la CIA qui a fait libérer six diplomates otages à Téhéran en 1979 en les faisant passer pour une équipe de tournage hollywoodienne. Ce monsieur convenable enfile un vieux T-shirt jaune maculé, une casquette dont dépassent des cheveux gris et longs, des lunettes démodées, des mitaines. Une minute plus tard, il s'est transformé en mendiant crédible.

 
 

"C'est parfait pour surveiller un coin de rue sans être dérangé. Personne n'est susceptible de venir vous parler ou de vous regarder dans les yeux", commente son épouse Jonna, 59 ans, lors d'une conférence au Spy Museum de Washington.

Les espionnes, en revanche, ont plus souvent intérêt à se faire belles qu'à jouer les passe-muraille. "Dans les cocktails, les hommes préfèrent toujours parler avec une jolie femme qu'avec une femme moins jolie. C'est comme ça", explique l'élégante Jonna, ancien agent secret en Allemagne ou en Inde qui s'est aussi spécialisée dans le déguisement.

Le couple de jeunes retraités, aux allures de M. et Mme Tout-le-monde, a travesti pendant une trentaine d'années les identités de centaines d'espions américains et leurs collaborateurs étrangers, risquant souvent des vies.

Tony Mendez, qui a aussi joué les vieilles femmes avec caddy dans les rues de Moscou, se targue d'avoir "exfiltré" 150 personnes du bloc soviétique "quand il était temps". "Evidemment, nous n'avons pas pu sauver tout le monde", ajoute-t-il sans pouvoir en dire plus.

A 25 ans, il avait répondu à une petite annonce: l'armée cherche un dessinateur. Evoquant le premier rendez-vous avec son employeur dans une chambre de motel du Colorado aux stores baissés, il manie l'euphémisme: "J'ai été intrigué".

De la fabrication de faux papiers, il est passé au déguisement grâce à "de petites innovations trouvées sur le terrain". Jonna s'était d'abord spécialisée dans la photographie clandestine. Comme dans James Bond, des appareils photos cachés dans des objets miniatures, comme des rouges à lèvres ? Exactement.

Parfois, les Mendez s'en veulent d'avoir été trop bons. Comme pour l'espion Edward Howard, un ex-agent de la CIA soupçonné de travailler pour les Russes. Il avait bricolé un mannequin à son image qui lui a permis d'échapper à la surveillance des policiers américains et fuir à Moscou en 1985. "On l'avait trop bien formé", regrette Jonna.

Pour changer d'apparence en quelques minutes, c'est toujours pratique de se promener avec un sac de provisions, conseille-t-elle.

Avec une casquette, une fausse moustache, des chaussures de sport et un coupe-vent, elle montre comment d'une femme chic, elle peut se transformer en monsieur décontracté. Il suffit pour cela d'avoir prévu un pantalon souple sous sa jupe, remonté jusqu'aux genoux par des épingles. Et de mettre un caillou dans une chaussure ou d'utiliser une canne pour se rappeler qu'il faut marcher différemment. Sans oublier lunettes et cigare, tout se joue dans les détails.

Outre le costume, il faut travailler le comportement. "A la CIA, j'envoyais les agents que je venais de déguiser à la cafétéria ou dans une épicerie, pour qu'ils s'habituent, qu'ils prennent de l'assurance", explique Tony.

Il soupire en se souvenant du nombre de fois où il a dû soulager les consciences d'agents culpabilisant de mentir tout le temps. "Je leur disais: la vérité n'est pas l'affaire de tous".

 
 
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