Le CPE est-il utile ? Est-il une bonne mesure pour les jeunes ? Oui, répondent certains car il va créer des embauches qui sans lui n’auraient pas eu lieu. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? La réponse à cette question ne peut pas être simple parce qu’il y a un double aspect. Pour mieux le comprendre, il peut être utile de prendre une comparaison.
Imaginons que le gouvernement Villepin, au lieu de créer le CPE, ait créé un SMIC jeune égal, disons, à la moitié du SMIC normal "pour lutter contre le chômage des jeunes ". Tous les arguments qui sont utilisés pour justifier le CPE pourraient tout aussi bien servir à justifier ce SMIC jeune. On nous dit que les patrons hésitent à embaucher parce qu’ils ne sont pas sûrs d’avoir assez de travail. De ce fait, le CPE va les aider. Sachant qu’ils pourront facilement se séparer d’un salarié, ils n’hésiteront pas à l’embaucher en dépit des incertitudes de l’avenir. Eh bien, en ce qui concerne le SMIC jeune, ce qui bloque les patrons, c’est le coût de la main-d’œuvre. Trop élevé, voyez-vous. Ah, si la main d’œuvre coûtait moins cher, quels emplois ne créerions-nous pas ! Voilà un vœux qui serait satisfait avec le SMIC jeune : le coût de la main-d’œuvre est divisé par deux... Donc le SMIC jeune créerait des emplois. Imaginez le patron qui hésitait à prendre un salarié parce que cela lui revenait trop cher. Avec le SMIC jeune : hop, une embauche.
Faut-il en conclure qu’un SMIC jeune serait une bonne mesure pour les jeunes ? Oui, dira-t-on. Le chômage des jeunes est dramatique, il atteint 25 % et 40% chez les jeunes non qualifiés. Avec le SMIC jeune, on fait quelque chose pour eux. On favorise leur entrée dans la vie active. Voilà pour un aspect des choses.
Mais on voit bien ce que ces raisonnement ont de pervers. Bien sûr, on favorise l’embauche des jeunes, mais parce qu’on les brade. Les patrons sont friands de chair fraîche à bon marché. Pour l’obtenir, ils n’hésitent pas à délocaliser leurs entreprises à l’autre bout du monde, dans des pays où le coût de la main-d’œuvre est moins élevé. En bradant une catégorie de main-d’œuvre (les jeunes, en l’occurrence, mais ce pourrait être aussi les vieux), il est bien certain qu’on favorise son embauche.
Ce qui est vrai pour un SMIC jeune est également vrai pour le CPE. Les travailleurs ont des droits qui leurs sont garantis par le code du travail, et en particulier le droit de savoir pour quel motif on se sépare d’eux. En diminuant les droits d’une certaine catégorie de salariés, on la rend plus attractive aux yeux des patrons qui eux, du coup, ont plus de droits et moins d’obligations. Du coup, on favorise l’emploi de cette catégorie de population.
La règle est donc la suivante : en rendant le contrat de travail moins avantageux pour une certaine catégorie de la population (en diminuant la rémunération, cas du SMIC jeune, ou encore en diminuant les droits du salarié, cas du CPE), on rend du même coup le contrat de travail plus avantageux pour l’employeur et donc on favorise l’emploi de cette catégorie de la population.
Il n’est donc pas complètement faux d’affirmer que le CPE peut favoriser l’emploi des jeunes. Mais leur rendre le contrat de travail moins avantageux, est-ce vraiment faire quelque chose pour eux ?