Cyberfuss
 

Vendredi 1 octobre 2004

Soixante dix-neuf pour cent des Français sont favorables au vote par internet, ce qui représente une augmentation de six points par rapport à septembre 2000, selon une étude réalisée en ligne par OpinionWay pour le Forum Mondial iDémocratie.

Au total, 82% des sondés déclarent qu'ils utiliseraient Internet pour voter s'ils en avaient la possibilité, dont 61% de manière certaine. Ce sont les votants occasionnels (72%) et les abstentionnistes (66%) qui seraient les plus intéressés.

De même, le vote en ligne peut influer sur le taux de participation aux élections (pour 52% des sondés) puisque les votants occasionnels (71%) et les abstentionnistes (63%) déclarent qu'ils voteraient plus souvent.

A quelques mois du référendum sur le projet de constitution européenne, les 35-49 ans plébiscitent à 34% Internet pour se tenir informés, loin devant la radio, alors que 33% des plus de 50 ans privilégient la presse écrite et les jeunes, la télévision.

Mais certains freins liés aux risques de l'utilisation d'Internet persistent. Même s'ils considèrent Internet comme un outil d'amélioration de la vie démocratique, les internautes ne voient pas dans le web la potion magique susceptible de soigner tous les maux de la vie politique.

Une très large majorité des internautes interrogés considère, parmi les risques proposés dans ce sondage, que le vote par Internet pourrait être à l'origine de fraude électorale (78%), un moyen d'exclusion d'une partie des citoyens non internautes (75%), et une façon de banaliser l'acte de voter (41%).

Cette étude a été réalisée en ligne par OpinionWay pour le Forum Mondial iDémocratie du 2 au 9 septembre auprès d'un échantillon de 879 internautes âgés de 18 ans et plus, représentatif de la population internaute française. AP

Jeudi 30 septembre 2004

Dans la démocratie, il y a la théorie : le gouvernement du peuple par lui-même. Et puis il y a la pratique. Et entre les deux, tout le monde le concède, un certain écart.

La plupart des gens, pour ne pas dire la totalité, pensent qu’il faut réduire le plus possible cet écart. En d’autres termes, que la démocratie réelle doit être aussi proche que possible de sa théorie. C’est pourquoi ils pensent qu’il faut approfondir la démocratie. Et ils pensent qu’il existe, chez ceux qui nous gouvernent, la même volonté d’approfondissement, de développement, de la démocratie. Ils pensent en outre que si ceux qui nous gouvernent ne le font pas, c’est parce qu'ils ne le peuvent pas. Ils le voudraient bien, mais c'est difficile, il y a des résistances, c'est un long chemin qui demande des efforts de tous les instants...

Il me semble que cette vision des choses est fausse. Je pense que l’on pourrait facilement étendre, approfondir la démocratie si on décidait de le faire. Mais on ne le fait pas, justement parce qu’on ne le veut pas. Cette affirmation vous paraît aberrante? Pourtant, réfléchissons-y un peu plus.

Prenons la Constitution. Il serait facile de rédiger une Constitution plus démocratique que celle que nous connaissons actuellement (la constitution de la Ve République). Il suffirait de reprendre, disons, la constitution de l'an I (1793), beaucoup plus démocratique que la constitution de la V e République actuellement en vigueur. Ou bien, on pourrait reprendre celle de la IVe République, elle aussi plus démocratique que celle de la Ve République. Mais on (ceux qui nous gouvernent) ne le veut pas.

Si on a rédigé une nouvelle constitution en 1958 pour remplacer la constitution de la IV e République, ce n’est pas par hasard mais justement parce que la constitution de la IV e République, tout en n'était pas très démocratique, l'était encore trop. Ce qu'on voulait, c'était une constitution moins démocratique. Ou bien, en d'autres termes, une constitution plus autoritaire. Bien sûr, ce n'est pas comme cela qu'on nous présente ce changement de constitution, mais c'est pourtant cela le fond de la question. L'explication de ce qui peut apparaître comme un paradoxe incompréhensible est très simple: démocratie et stabilité des pouvoirs publics sont deux grandeurs qui varient en sens inverses. Plus l'Etat est démocratique, moins il est stable. Inversement, pour qu'il devienne plus stable, il faut le rendre moins démocratique. C’est exactement pour cette raison que la IVe République, restée célèbre pour son instabilité, à pris fin. Il a fallu "resserrer les boulons", pour rendre le pouvoir moins instable, c’est-à-dire pour rendre la constitution plus autoritaire.

Ces simples remarques me paraissent intéressantes parce qu’elles permettent de mieux dissocier le système politique réel de l'idée théorique de démocratie. On pense généralement que, la démocratie étant un idéal cher au coeur des hommes, on (le pouvoir politique) veut aller vers toujours plus de démocratie. Ce n’est pas vrai. Ce que l’on veut, c’est maintenir un minimum de démocratie pour sauvegarder les apparences, mais derrière cela on veut un pouvoir stable (donc fort et autoritaire) fort éloigné de l’idéal démocratique.

Mardi 28 septembre 2004

Dans un article précédent, j'ai expliqué que la démocratie est un régime de fait. Elle n'est pas construite suivant des principes, comme on nous le fait croire, mais elle est une construction empirique, ajustée au coup par coup en fonction de l'expérience historique. J'aimerais maintenant développer ce point à propos d’un exemple, celui du suffrage universel. Officiellement, le suffrage universel a été instauré en France en 1848. En fait, ce n'est pas si simple.

Le suffrage universel a été proclamé une première fois (si l'on excepte l'ancien régime) après l'insurrection du 10 août 1792. Il a été supprimé par la Convention immédiatement après l'assassinat de Robespierre (le 10 Thermidor, an II), puis rétabli par Bonaparte en 1799 (constitution de l’an VIII), puis supprimé à nouveau après le retour des Bourbons (monarchies de Louis XVIII, Charles X et Louis Philippe). Il a été rétabli à nouveau par la révolution de 1848, mais supprimé peu après par la loi du 31 mai 1850. Enfin, il a été rétabli à nouveau par Napoléon III le 2 décembre 1851. Depuis cette date, le suffrage censitaire n'a plus jamais été restauré en France. Il a disparu définitivement. Cependant, toutes ces oscillations dans un sens et dans l’autre nous montrent que le suffrage universel n'a pas été l'application d'un principe " simple et incontestable ", mais qu'il a été au contraire le résultat de luttes politiques, le suffrage universel étant rétabli ou supprimé en fonction de la victoire d'un camp ou de l'autre.

Cet exemple montre bien, il me semble, que les prétendus principes universels, fondés sur la raison et de ce fait admis par tous sans contestation comme une sorte d’évidence qui s’imposerait d’elle même, ne sont qu’une invention. Ces principes n’existent pas.

 
 
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