WASHINGTON – Des chercheurs universitaires vont procéder dès janvier 2005 à des écoutes dans des chatrooms, ou salons de discussion, dans le cadre d’un projet géré par la CIA (Central Intelligence Agency) et l’organisme de recherche fédéral NSF (National Science Foundation). Les deux structures financent conjointement l’opération, qui vise à automatiser la surveillance et à établir des profils des comportements des utilisateurs de ces chatrooms.
Il a été soumis par Bulent Yener et Mukkai Krishnamoorthy, deux professeurs d’informatique et chercheurs du Rensselaer Polytechnic Institute basé à Troy (État de New York). Ils proposent de "déployer un système dans les coulisses de chaque chatroom, qui suivra ce qui s’y passe... Ce système pourrait aider la communauté du renseignement à découvrir, sans requérir d’intervention humaine, des groupes cachés et des échanges de communication dans les salons de discussion".
Les chercheurs se sont notamment engagés à écrire un programme permettant "d’écouter en silence" les communications transitant via les canaux d’IRC (Internet Relay Chat) et d’"enregistrer tous les messages échangés". Les IRC, serveurs de dialogue en direct, constituent l'ossature des chatrooms; l'un des plus vieux systèmes de dialogue en direct, qui attire des centaines de milliers d’utilisateurs chaque jour.
La National Science Foundation et l'agence de renseignement américaine sont associées depuis 2003 dans ce programme, qui a reçu pas moins de 250 propositions de projets. Toutefois, le directeur de programme de la NSF, Leland Jameson, pense que le contrat de deux ans ne sera pas renouvelé pour l’année 2005. "Nous ne travaillerons sans doute plus du tout avec la CIA", a-t-il indiqué. "Je pense qu’ils sont passés à autre chose".
L’implication de la CIA reste cependant inquiétante aux yeux du directeur de l’Epic, Marc Rotenberg. "La communauté des renseignements modifie les priorités de la recherche scientifique aux États-Unis", proteste-t-il. "Il faut veiller à ce que la National Science Foundation ne devienne pas la "National Spy Foundation" (spy signifie "espion" en anglais)".
[" Il faut veiller .... ! ". Quelle merveilleuse formule ! Comme si ce n’était pas déjà fait. C’est un peu comme si quelqu’un avait dit, en 1943, qu’il fallait veiller à ce que les nazis ne commettent aucun acte malveillant envers les Juifs. Note de Roland]
Comme si les Bridget Jones anglaises - jeunes célibataires citadines, perpétuellement à la recherche d'un partenaire, appelées ainsi en référence au célèbre roman du même nom - n'avaient pas assez de soucis ! Elles vont maintenant devoir faire face à une concurrence nouvelle et redoutable car, annonce The Daily Telegraph, "des Japonaises battantes et fortunées vont déferler sur la Grande-Bretagne à la recherche du prince charmant".
On compte 30 millions de femmes célibataires au Japon. Prenant en compte ce chiffre énorme, une agence matrimoniale, Destina, a eu l'idée de lancer la mode des rencontres longue distance. Elle a constaté, en effet, que les Japonaises se sont entichées des mâles anglais à un point tel qu'elles sont prêtes à traverser la moitié du globe pour tenter leur chance. Et tant pis pour les célibataires britanniques, ces Japonaises, trentenaires pour la plupart, indépendantes et professionnellement brillantes, gagnent en moyenne 50 000 livres (70 000 euros) par an. En outre, habituées à un certain mode de vie, elles ne se plaindront jamais si leur mari s'arrête pour boire un verre le soir avec ses copains.
La raison principale de cette invasion du territoire britannique est que les hommes japonais - bien que 40 % d'entre eux soient célibataires - sont trop conservateurs et vieux jeu au regard de leurs compatriotes. Au Japon, il n'existe que deux choix de vie possibles pour une femme : soit elle travaille et reste célibataire ; soit elle se marie et s'occupe du foyer. Les femmes qui ont bataillé ferme pour réussir leurs études et leur carrière, et gagner ainsi leur indépendance, n'ont aucune envie de faire des compromis en acceptant le rôle que la société leur impose lorsqu'elles se marient.
Cela peut sembler incroyable que des Japonaises franchissent ainsi des milliers de kilomètres pour rencontrer des mâles anglais, mais "le Japon est l'un des pays les plus anglophiles et les Britanniques ont la réputation d'être des gentlemen, plus compréhensifs, plus romantiques et plus communicatifs que le Japonais typique", rappelle le quotidien de Londres.
"Les Japonaises pensent que les Anglais ont une approche beaucoup plus moderne de la vie familiale et du mariage, et ont, en même temps, un profond respect pour les traditions du Japon", explique Hiroko Ozawa, la fondatrice de l'agence Destina. "La Grande-Bretagne est devenue l'une des destinations favorites de ces femmes car, au Japon, elles ont peu de chances de trouver un mari et pratiquement aucune de lui faire partager les tâches domestiques." En outre, le célibat au Japon véhicule une image d'échec, et non d'indépendance. "On surnomme 'gâteau de Noël' une femme célibataire de plus de 25 ans et, à partir de cet âge, on considère qu'elle n'est plus bonne pour le mariage", continue The Daily Telegraph.
En réalité, "le problème vient du fait que les Japonaises sont bien plus modernes que leurs compatriotes hommes. Malheureusement, ces derniers le vivent très mal et n'aiment pas les femmes qui travaillent. Mais, grâce à la vogue de la nourriture et du cinéma japonais, combinée à des voyages bon marché, les Anglais sont en train de découvrir et d'aimer le Japon", se réjouit Masako Masuda, une célibataire âgée de 38 ans qui a vécu trois ans à Londres et sait de quoi elle parle.
Pour les Anglais candidats au mariage, il est indispensable de connaître quelques règles de base de la culture et des traditions du pays en ce domaine, et tout particulièrement celle-ci : il revient à la famille du futur mari de payer les frais de la cérémonie et de la fête du mariage. Enfin, dans la tradition japonaise, c'est la femme qui tient les cordons de la bourse et donne à son mari son argent de poche. L'usage veut que la somme ne dépasse pas 250 livres (350 euros) par mois.
Anne Collet
Courrier international - 26 nov. 2004 Chronique FEMMES D'AILLEURS
Il est fort question ces derniers temps d'"abolition" de la prostitution.
Le rattachement intellectuel de l'idée d'abolition est clair. Abolition, cela fait penser à l'abolition du servage, de l'esclavage, de la peine de mort... La prostitution serait donc, au compte des féministes puritains, une survivance de la barbarie des siècles passés que notre époque de progrès se doit absolument d’abolir. Voilà le sens du message subliminal véhiculé par l'utilisation du mot abolition.
Il faut cependant le faire observer : l'emploi du mot abolition dans ce contexte est impropre. Abolir est synonyme d’abroger, et on ne peut abroger qu’une disposition légale. Par suite l’Etat ne peut abolir que ce qu’il a lui-même institué.
Ainsi, un Etat qui pratique la peine de mort peut l’abolir parce que c'est lui qui l’a instituée et parce que c’est lui seul qui l'applique. Un tribunal ne peut prononcer la peine de mort que s’il existe un texte qui la prévoit. Abroger ou abolir la peine de mort, ce n’est rien d’autre que supprimer ce texte. La simple suppression de la base légale de la peine de mort réalise la suppression de la peine de mort elle-même.
La mort, lorsqu'elle est donnée volontairement par un individu particulier à un autre, ne s'appelle pas peine de mort, ni administration de la justice, mais meurtre ou assassinat. Cette mort là, l’Etat ne peut pas l’abolir. Il ne peut abolir ni le meurtre, ni l'assassinat, ni toute autre infraction parce que ces derniers ne relèvent pas de son fait, mais de celui des particuliers.
Si l'Etat estime que certains actes comme la consommation de cannabis, le proxénétisme ou la conduite en état d’ivresse sont contraires à la justice, à l’intérêt général ou à l'ordre public, tout ce qu'il peut faire, c'est les interdire et les réprimer. Interdire, cela signifie prendre une loi, particulièrement une loi pénale, qui prévoit des peines pour ceux qui auront commis les actes concernés. Réprimer, cela signifie rechercher les auteurs d’infractions, au besoin les traduire devant les tribunaux et leur appliquer les peines prévues par les textes.
Il y a donc une différence très nette entre l'abolition - qui s'applique aux dispositions législatives prises par l’Etat - et l'interdiction et la répression - qui s'appliquent aux actes des individus.
Il est évident que la prostitution, à supposer qu'on la juge criminelle, ne peut être abolie car elle résulte de l’initiative des particuliers, en particulier des femmes, non d’une institution de l’Etat. Elle ne peut pas être davantage abolie que la consommation de cannabis, la conduite en état d'ivresse, les excès de vitesse, la fraude électorale ou fiscale... Elle peut seulement être interdite et réprimée. Jamais personne n’a songé à employer des expressions telles que "abolir la conduite en état d’ivresse" ou "abolir les excès de vitesse". Ce serait ridicule. Il est tout aussi ridicule de parler d’abolition de la prostitution.
Les féministes, et c’est bien normal, sont malhonnêtes. L’utilisation impropre du mot abolition en apporte une nouvelle fois la confirmation. Elle est destinée à intimider, à empêcher la libre expression des idées. Bref, à fausser le débat. Il s'agit de stigmatiser par avance les adversaires d'une interdiction (et non pas d'une abolition) de la prostitution comme des "esclavagistes".
L’utilisation du mot abolition, par la référence implicite qu’elle implique à des institutions du passé considérées comme barbares et inhumaines, vise aussi à dramatiser, à placer la question de la prostitution dans un registre affectif, à faire appel à l’émotion et non à la raison. Elle évite d’avoir à faire une improbable démonstration rationnelle et permet de convaincre sans argumenter.
Elle permet, enfin, de présenter comme une libération des femmes ce qui est en réalité une atteinte à leur liberté de disposer de leur corps. Depuis le début de l’année 1999, la Suède a criminalisé l’acceptation par un homme des offres de services sexuels faites par une prostituée. Cette interdiction, en raréfiant les clients, a rendu l’existence des prostituées plus difficile. S’exprimant dans un reportage diffusé dans "Zone interdite", une prostituée suédoise s’est étonnée que l’Etat entrave une activité dont elle vivait depuis quinze ans. "Après tout, fit-elle remarquer amèrement, c’est mon corps". D’elle-même elle avait ainsi retrouvé la formule des féministes des années 1970 : "Notre corps nous appartient".
Les féministes qui veulent l'interdiction de la prostitution prétendent hypocritement qu'ils veulent libérer les prostituées de l'esclavage, faisant au passage sciemment l’amalgame entre prostitution et proxénétisme. C'est bien entendu un mensonge. Leurs vraies motivations sont ailleurs. Tous les débats qui ont eu lieu jusqu'à présent l'ont clairement montré, les adversaires les plus militants de l'interdiction de la prostitution sont les prostituées elles-mêmes. C'est d'ailleurs en raison de cette lutte des prostituées que l'Etat féministe n'a pas franchi le pas jusqu'à présent. En ce bas monde personne ne se soucie de la frustration sexuelle masculine. S'il n'y avait eu que cet argument contre l'interdiction de la prostitution, il y a belle lurette qu'elle serait en vigueur.