Cyberfuss
 

Lundi 20 mars 2006

Le CPE est-il utile ? Est-il une bonne mesure pour les jeunes ? Oui, répondent certains car il va créer des embauches qui sans lui n’auraient pas eu lieu. Est-ce vrai ? Est-ce faux ? La réponse à cette question ne peut pas être simple parce qu’il y a un double aspect. Pour mieux le comprendre, il peut être utile de prendre une comparaison.

Imaginons que le gouvernement Villepin, au lieu de créer le CPE, ait créé un SMIC jeune égal, disons, à la moitié du SMIC normal "pour lutter contre le chômage des jeunes ". Tous les arguments qui sont utilisés pour justifier le CPE pourraient tout aussi bien servir à justifier ce SMIC jeune. On nous dit que les patrons hésitent à embaucher parce qu’ils ne sont pas sûrs d’avoir assez de travail. De ce fait, le CPE va les aider. Sachant qu’ils pourront facilement se séparer d’un salarié, ils n’hésiteront pas à l’embaucher en dépit des incertitudes de l’avenir. Eh bien, en ce qui concerne le SMIC jeune, ce qui bloque les patrons, c’est le coût de la main-d’œuvre. Trop élevé, voyez-vous. Ah, si la main d’œuvre coûtait moins cher, quels emplois ne créerions-nous pas ! Voilà un vœux qui serait satisfait avec le SMIC jeune : le coût de la main-d’œuvre est divisé par deux... Donc le SMIC jeune créerait des emplois. Imaginez le patron qui hésitait à prendre un salarié parce que cela lui revenait trop cher. Avec le SMIC jeune : hop, une embauche.

Faut-il en conclure qu’un SMIC jeune serait une bonne mesure pour les jeunes ? Oui, dira-t-on. Le chômage des jeunes est dramatique, il atteint 25 % et 40% chez les jeunes non qualifiés. Avec le SMIC jeune, on fait quelque chose pour eux. On favorise leur entrée dans la vie active. Voilà pour un aspect des choses.

Mais on voit bien ce que ces raisonnement ont de pervers. Bien sûr, on favorise l’embauche des jeunes, mais parce qu’on les brade. Les patrons sont friands de chair fraîche à bon marché. Pour l’obtenir, ils n’hésitent pas à délocaliser leurs entreprises à l’autre bout du monde, dans des pays où le coût de la main-d’œuvre est moins élevé. En bradant une catégorie de main-d’œuvre (les jeunes, en l’occurrence, mais ce pourrait être aussi les vieux), il est bien certain qu’on favorise son embauche.

Ce qui est vrai pour un SMIC jeune est également vrai pour le CPE. Les travailleurs ont des droits qui leurs sont garantis par le code du travail, et en particulier le droit de savoir pour quel motif on se sépare d’eux. En diminuant les droits d’une certaine catégorie de salariés, on la rend plus attractive aux yeux des patrons qui eux, du coup, ont plus de droits et moins d’obligations. Du coup, on favorise l’emploi de cette catégorie de population.

La règle est donc la suivante : en rendant le contrat de travail moins avantageux pour une certaine catégorie de la population (en diminuant la rémunération, cas du SMIC jeune, ou encore en diminuant les droits du salarié, cas du CPE), on rend du même coup le contrat de travail plus avantageux pour l’employeur et donc on favorise l’emploi de cette catégorie de la population.

Il n’est donc pas complètement faux d’affirmer que le CPE peut favoriser l’emploi des jeunes. Mais leur rendre le contrat de travail moins avantageux, est-ce vraiment faire quelque chose pour eux ?

Dimanche 19 mars 2006

Vous avez probablement observé que les partisans du CPE mettent systématiquement en avant le taux de chômage élevé parmi les jeunes pour justifier le CPE. Ils disent : 25 % des jeunes sont au chômage. Ce taux atteint 40 % chez ceux qui n'ont pas de diplômes. C'est le taux le plus élevé en Europe, c'est une situation inadmissible, il faut faire quelque chose pour les jeunes. Et ils condamnent l'immobilisme. "Nous, au moins, nous faisons quelque chose".

Cette attitude a pour but de faire passer les partisans du CPE pour des gens qui se préoccupent des problèmes des jeunes et, par voie de conséquence, de faire passer le CPE pour une mesure faite en faveur des jeunes : la société ne peut abandonner sa jeunesse, elle doit faire quelque chose pour elle.

Mais cette posture est une fraude. En effet, il ne suffit pas de faire observer que le chômage frappe massivement les jeunes, il ne suffit pas de dire que ces derniers enchaînent stages, CDD et petits boulots, qu'ils ont du mal a se faire une place, pour que, ipso facto, le CPE soit une mesure en faveur des jeunes. Il faut examiner le CPE en lui-même, objectivement, pour voir sa véritable nature.

Or, quel est le trait caractéristique du CPE ? C'est la possibilité de licencier sans motif. Pour une durée de deux ans, en l’occurrence. Mais il faut observer que cette durée de deux ans est arbitraire. Pourquoi deux ans et pas cinq ans ? Si on nous dit que c'est bon pour les jeunes de pouvoir être licenciés sans motif, pourquoi les priver de ce bénéfice au bout de deux ans seulement ? Améliorons le CPE, portons à cinq ans la période de licenciement arbitraire. Et puis, en y réfléchissant encore un peu, pourquoi finalement se limiter à cinq ans ? Vive la flexibilité tout au long de la vie. Puisque le licenciement arbitraire est une mesure "pour les jeunes", alors allons-y, instaurons la flexibilité à vie. Il faut que les employeurs aient à vie la possibilité de licencier sans motif.

On nous explique que les patrons sont stressés à l’idée d’embaucher. On nous explique qu’avec le CPE, ils embaucheront parce qu’ils seront déstressés. Oui, mais, au bout de deux ans le stress va revenir. Alors améliorons le CPE et instaurons la précarité à vie.

La logique de CPE, c’est que la flexibilité crée des emplois. Sans flexibilité, les patrons ont peur d’embaucher. Avec la flexibilité, on va créer des emplois supplémentaires. Eh bien, si c’est vraiment vrai, allons-y, poussons l’argument jusqu’au bout. Pourquoi limiter la flexibilité à deux ans ? Instaurons la flexibilité à vie.

Samedi 18 mars 2006
Je n'aime pas le CPE. Contrat mal nommé d'ailleurs. Appelation trompeuse et déceptive qui tendrait à faire croire que ce contrat ne concerne que la première embauche. "Acceptez la précarité pour votre première embauche, et à la deuxième vous serez débarassés". Mais non, ce n'est pas ainsi. Le CPE instaure un début de précarité généralisée qui n'a  rien à voir avec la première embauche. Il suffit de se rappeler que Villepin veut généraliser ce contrat, qu'il veut en faire un contrat unique qui ne s'appliquerait pas qu'aux jeunes de moins de 26 ans, mais à  tous, quelle que soit la taille de l'entreprise, petite ou grande, moins de vingt salariés ou plus de vingt salariés, quel que soit l'âge, plus ou moins de 26 ans. Ainsi, ce qui caractérise le CPE, c'est la précarité, et non pas la première embauche.
 
 
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur avec TF1 Network - Signaler un abus